Météo/températures : Grand ciel bleue, 2° au départ, ambiance printanière l'après-midi
Conditions d'accès/altitude du parking : RAS
Altitude de chaussage/déchaussage : 1220m
Conditions pour le ski : Crouté le matin et neige de printemps l'après-midi
Conditions nivo et activité avalancheuse : lire compte rendu
C’est la première fois que je prends le temps d’écrire ici.
Si je le fais aujourd’hui, c’est parce que ce qui s’est passé mérite d’être partagé.
Départ du Pont de la Betta.
Montée au Pas de la Coche, descente vers le Habert, première montée à la Cime de la Jasse, descente, remontée au col de l’Aigleton, puis enchaînement de montées/descentes des lacs Vénétiers vers la Cime.
La Cime de la Jasse est souvent considérée comme un itinéraire “plutôt safe” dans le massif, ce qui a motivé mon choix du jour malgré un risque 3/5.
Alors que je pensais effectuer ma dernière montée, environ 200 m sous le sommet de la Cime de la Jasse, je me retrouve relativement seul dans ma zone immédiate. Je distingue :
• Un skieur plus bas, vers les lacs Vénétiers, en train de monter.
• Un autre skieur qui entame sa descente en longeant l’arête, direction col de la Jasse.
Soudain, une énorme plaque se décroche sur toute la face sud.
Épaisseur estimée : environ 1,20 m.
Largeur importante, fracture nette.
Je n’en prends conscience qu’au bruit. En me retournant, je ne distingue qu’un airbag orange déclenché, déjà engagé dans la coulée. Tout va extrêmement vite. La victime est emportée sur environ 200 m.
Je dépeaute immédiatement (avantage des alumettes), passe mon DVA en mode recherche et entame la progression.
Le signal me dirige vers un ski dépassant d’à peine 5 cm de la surface. Orange, bien visible. Aucun doute possible.
Je commence le pelletage immédiatement. Malgré 3400 m de D+, l’adrénaline me donne une énergie impressionnante.
Après quelques minutes, j’aperçois un casque.
Je crie : “Tu es là ?” Il répond !!
Je dégage rapidement la tête. Il était enseveli sous environ 1,20 m de neige.
Il s’appelle Xavier. Les circonstances ne sont pas idéales pour faire connaissance, mais il est conscient et va bien 🙏🏻
Le skieur que j’avais vu plus bas avait alerté les secours.
Même si tout m’a semblé très rapide, environ 10 minutes après l’alerte :
• Arrivée d’un hélicoptère de la Sécurité Civile avec 3 sauveteurs et un chien.
• 5 minutes plus tard, un second hélicoptère avec 3 sauveteurs supplémentaires et un autre chien.
La prise en charge a été extrêmement professionnelle et rapide.
Un risque 3/5 signifie que le manteau neigeux est instable dans certaines pentes. Ce jour-là, la face sud a clairement montré une instabilité significative.
Le fait que la Cime de la Jasse soit un grand classique peut induire un biais de sécurité.
Déclenchement vers 14h, neige en transformation. Le réchauffement a probablement joué un rôle majeur.
L’airbag s’est déclenché. Il a probablement limité l’ensevelissement total, mais la victime était quand même sous plus d’un mètre de neige
Message à la communauté:
Nous avons eu énormément de chance.
• Chance qu’il déclenche son airbag.
• Chance que je sois proche.
• Chance que le ski dépasse légèrement.
• Chance que le skieur en contrebas appelle immédiatement les secours.
• Chance que la victime soit consciente.
Et surtout une chance énorme que cela ne soit pas arrivé 1h plus tôt, le nombre de victimes ne se comptait pas sur les doigts de deux mains..
En montagne, même sur des itinéraires classiques, même par beau temps, même avec une neige agréable à skier, le risque reste réel.
Un risque 3 peut tuer.
Prenez le bulletin au sérieux.
Interrogez l’horaire.
Interrogez l’orientation.
Gardez de la marge.
Formez-vous.
Si ce retour peut éviter ne serait-ce qu’un accident, alors il aura servi.