Départ : Col de Porte (1326 m)
Topos associés : Chamechaude, Versant Ouest Chamechaude, tour de la Chartreuse
Sommets associés : Chamechaude (2082 m) Brèche Arnaud (1950 m)
Orientation : W
Dénivelé : 8857 m.
Ski : 2.2
Sortie du jeudi 19 mars 2026 (Hier)
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : beau, sans vent. Quelques nuages anecdotiques dans l'après midi.
Conditions d'accès/altitude du parking : ok
Altitude de chaussage/déchaussage : 1240m
Conditions pour le ski : mauvaises le matin avec une trace zippante et une descente béton pleine de boulettes (bouchons d'oreilles recommandés pour ne pas chopper des acouphènes avec le vacarme des skis). Ça s'améliore timidement à partir de midi, pour être franchement bon à 13h. Tendance à la transfo lourde en fin de journée, mais ça ski encore bien.
Conditions nivo et activité avalancheuse : très stable ce jour. Une ancienne plaque partie au dessus des paravalanches.
Skiabilité : 😐 Correcte
Compte rendu
Itinéraire suivi : topo (montées 7 et 11 avec Tintin*)
Horaires : 3h-18h
Au début d'année, lors d'une intense seance de préparation aquagym, je me fait une sérieuse entorse à l'oreille en enfilant mon bonnet de piscine. Face à ce vilain coup du sort, je me vois dans l'obligation de reporter de quelques semaines mon expé à l'Everest... Terrible déconvenue, il va falloir se contenter d'une hivernale calendaire. Au diable Messner et son calendrier météorologique qui proclame arbitrairement le printemps au 1er mars pour les alpinistes !
Bon, le mois de mars permet au moins d'éviter la cohorte de pseudo-alpinistes millionnaires en quête de sensations fortes, qui déferle sur les pentes quelques semaines plus tard. Un temps envisagée, l'option velo-ski n'est finalement pas retenue, je ne céderai pas à cette mode éphémère popularisée par les bobos grenoblois pour aller à Chamechaude. Également envisagé, le parapente ne sera pas de la partie. Encore un truc de feignasses qui cherchent de l'audience avec des combo "inédits" Alpi-Parapente-Bilboquet... Finalement, la descente se fera par le sport le plus noble qu'il soit, le ski ! Côté acclimatation, ayant un corps naturellement adapté à la haute altitude, j'ai zappé cette étape pour gagner du temps et rester dans le style le plus pur. De toute façon, l'acclimatation, c'est surtout pour les paresseux qui préfèrent bouquiner dans leur tente.
A la veille du départ pour le toit du monde, ma motivation est inébranlable et il n'y a pas de place au doute, ni à l'échec, hormis l'échec et mat de la lointaine concurrence des influenceurs qui se prennent pour des champions. Ce n'est pas parce qu'on est à mi-temps ou kiné, et qu'on bombarde Instagram de storytelling, que cela confère automatiquement le statut de sportif de haut niveau !
Bref, départ à 3h du mat' à toute berzingue. Malheureusement, dans l'euphorie, j'oublie de lancer le chrono de ma montre dernier cri. Tant pis, je redescend rapidos au bivouac afin d'enregistrer l'intégralité de l'itinéraire. Montée sans difficulté dans 1m50 de poudreuse en évitant au mieux les avalanches. A noter, quelques séracs intimidants facilement évitables par des vires aériennes mais débonnaires (8a+) à partir de 8000m. Pleinement engagé dans l'effort, je choppe le bourdon en pensant aux mantras gnangnan récités par les bisounours et les poètes du dimanche: "quand on aime, on compte pas", "l'essentiel est dans le cheminement et non la destination", ou encore "tant que la passion demeure, aucune cime n'est hors de portée".
Faisons une courte pause dans cet haletant récit pour décapiter ces idées-reçues, avant que de telles niaiseries ne se diffusent massivement dans le petit monde de la montagne:
- D'abord, comme tout le monde, moi je compte. Tout. Chaque conversion, chaque souffle, chaque sommet à l'horizon... L'allure déclinant de manière préoccupante sur la fin, j'ai eu le plaisir de compter tout et n'importe quoi, avec néanmoins une attention particulière sur les mètres de montée restants.
- Ensuite, pour atteindre la sagesse universelle, le cheminement est évidement indissociable de la destination. Ce n'est certainement pas à Chamechaude que le cheminement mènera à la moindre illumination spirituelle ou à une quelconque révélation métaphysique.
Cela étant clarifié, le sommet est atteint à 11h11 dans un chrono probablement record. Juste à côté, le Lhotse me fait de l'œil et j'hésite à me lancer dans cet enchaînement historique. Mais ces longues promenades ludiques sont les défis d'un autre temps. Fidèle à mes valeurs, je laisse la gloire aux autres et me concentre sur mon objectif principal : l'ouverture d'un itinéraire d'envergure versant nord. En effet, les quelques itinéraires existants à ski s'apparentent davantage à la classique de Chamechaude et ne sont clairement pas à la hauteur de l'Everest ! Ça tombe bien, je suis venu pour remédier à cela !
Descente à tombeaux ouverts sur près de 4000m de dénivelés . A noter, l'attaque du couloir présente un court passage (800m) un peu raide (75°) qui est en glace bleue. Piolets et crampons inutiles à mon sens, mais quelques pas en escalier peuvent éventuellement rassurer les novices. Ensuite, à partir de la grotte du Yéti***, ça déroule bien à coups de grandes courbes, en beuglant comme un putois des "Yihaaaa" de pur bonheur avec le rush d'adrénaline. Probablement le premier 6.1, à confirmer par les futurs répétiteurs.
J'ai fait quelques images au drone et à la GoPro. Un film grandiose de 2h sortira pour les Rencontres Ciné Montagne. Assis au coin du feu, avec un pull en laine et un bandeau floqué de mes sponsors, je commenterai les images de mon exploit mètre par mètre. Âme sensible s'abstenir ! Si j'ai le temps, entre les inévitables interviews avec les médias, je ferais quelques dédicaces. Je ne peux m'empêcher de vous décrire la dernière scène où, la bouille collée à la caméra, je pleure comme une mouillette en assenant, d'un ton pompeux, mon nouveau mantra: "Les défis n'ont de sens que pour ceux qui les imaginent". Bon, pour être totalement transparent, j'ai dû tourner la scène deux fois. Au début, impossible de pleurer avec la déshydratation et le froid, heureusement j'avais anticipé le coup et apporté une tranche d'oignon pour me frotter les yeux et activer le flot. C'est une vieille astuce datant de mes années au collège : généralement, on inspire davantage de sympathie si on déboule en chouinant en cas retard.
Voilà pour ce long récit d'une longue journée !
* Pas bête l'animal, il choisi les meilleures créneaux entre deux cours de ski. L'occasion de faire un peu de pub pour École de Porte qui a une super équipe pour des cours de ski de fond et des activités hiver/été/séminaires.
** Ox = Oxygène (pour les non initiés)
*** A noter que le Yéti, lui, respecte les saisons calendaire et hiberne...jusqu'à demain, le jour du printemps ! Méfiance donc pour les répétiteurs ! (Didyeti sera peut-être le seul à obtenir le droit de passage !)








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L'Everest (à Chamechaude) ! 




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