Sortie du lundi 9 mars 2026 (Hier)
bramos, valcx
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : Globalement beau et doux. De grand bleu et chaud au début à voilé et doux en fin de raid.
Conditions d'accès/altitude du parking : Largement dégagé
Altitude de chaussage/déchaussage : 1450/1550 selon les versants
Conditions pour le ski : Magnifiques ! La moquette corse est d'une qualité supérieure.
Conditions nivo et activité avalancheuse : Manteau dense et compact, vite trés épais au dessus de 1600m (2m à 1800m), les sommets sont platrés dans une épaisse carapace de glace. Regel excellent et décaillage quotidien sans jamais devenir lourde même tard en journée. Aucune activité avalancheuse visible en 7 jours. Avec une limite de chaussage autour de 1500m, la traversée se fait bien, ça porte mais c'est plus que raisonnable, on peut vraiment skier et se lacher sans craindre les cailloux corses !
Skiabilité : 😄 Excellente
Compte rendu (par bramos)
Au fil des perturbations méditerranéennes du mois de janvier, l'idée germe et prend de l'ampleur, c'est sûr que c'est l'année pour traverser la Corse à skis. Petit rêve pour le natif Corse que je suis. Antoine est chaud bien évidement, et il n'est pas difficile de convaincre les deux derniers compères, Val et Théo. On attend le dernier moment pour valider que le créneau existe bel et bien et on se retrouve au port de Toulon avec nos skis ce jeudi 26 février.
J1 : Lozzi - refuge de l'Erco : 8 km et 550 d+
Sortie du bateau au port d'Ajaccio à 6h45, après avoir dévalisé une boulangerie, on file poser une voiture à la station de Ghisoni, point d'arrivée du voyage. On reprend la route, et après quelques courses à Corte, direction Lozzi, point de départ de l'aventure. On prépare les sacs et Val part poser la deuxième voiture au col de Verghio et nous revient en stop. Départ vers 16h, en baskets et skis sur le dos, au milieu du maquis et par 17°, on est là pour quoi déjà ? Le ski vraiment ?
12 minutes plus tard, Val est à 2 doigts du malaise vagal, ça commence fort et on se voit déjà passer la semaine à la plage. Finalement il monte tant bien que mal, on chausse les skis autour de 1500m et arrivée au "refuge" de nuit, vers 19h. C'est plutôt une cabane, pas de bois, pas de gaz et des matelas degueu, heureusement on a pris les notres. On mange nos dhal lentilles en silence avec Antoine et Théo, en vérifiant de temps en temps que Val est en vie dans son duvet. Bon ben c'est quoi le plan B ? Grimpe à Bavella ?
J2 : refuge de l'Erco - refuge Tighietti par le Cinto, couloirs Bicarellu et a Forca, bocca Crucetta : 10 km et 1600 d+
Réveil 7h d'une nuit bien fraîche, il fait grand beau et Val se sent mieux, cette fois c'est parti ! On avale le petit dej sans se presser, un guide du coin nous dit que le couloir a Forca décaille pas avant 11h30. On demarre vers 9h, dans le couloir Bicarellu, direction le toit de la Corse, le Cinto. C'est un vrai four, on cuit pendant 3h, Théo pense déjà à redscendre, sa capacité à endurer le soleil est déjà épuisée. En lui mentant un peu sur le d+ restant, on le traine en haut du Cinto. Tout seuls, mais pas pour longtemps, tous les skieurs Corses s'y sont donné rdv en ce samedi printanier. Bonne ambiance en haut, ça rigole et on fait connaissance, ça change de Chamonix tiens. En tout cas la neige est là, la croix du Cinto a disparue et les locaux n'ont pas vu ça depuis bien longtemps. Ouf, on s'est pas trompés ! Descente dans le couloir a Forca dans une moquette fantastique, on a des étoiles plein les yeux à peine l'aventure commencée ! Apparement c'est comme ça en Corse, la neige est si dense et gavée de sel que la moquette est toujours parfaite, même plein sud à 16h. Des bons marchands de moquette ces Corses ! Remise des peaux direction Bocca Crucetta, la vue sur la Paglia Orba et la mer est incroyable ! Descente à nouveau moquette jusqu'au très joli refuge de Tighietti, au milieu des pins Laricios. Cette fois on y trouve du bois (humide), du gaz et des matelas. On partage la soirée avec un belge qui nous apprend que le refuge de Petra Piana est rempli de neige à cause d'une porte ouverte... Oups, ça nous arrange pas pour la suite.
J3 : refuge Tighietti - col de Verghio par la Paglia Orba et bocca Foggiale : 15 km et 1300 d+
Départ 7h pour une longue journée, on descend 100m à skis sous le refuge dans ce que le BERA corse qualifie de "regel mediocre", comprendre "carrelage mais pas bleue glace". On remet les chaussures sur le GR20 et c'est parti pour un portage féerique au milieu d'une forêt de pins Laricios, avec au loin, la Paglia Orba et sa carapace de givre qui lui donne des allures de Cerro Torre. Après quelques traversées de rivières sous les yeux des mouflons curieux, on rechausse les skis direction Bocca di Foggiale. Le ciel est voilé, la neige est dure, les couteaux crissent, la descente va être combat. On continue vers le pied de la Paglia Orba et la magie corse opère, le soleil sort, il ne lui faut pas plus de 20 minutes pour changer le carrelage en une moquette parfaite, ouf ! Montée à la Paglia Orba en crampons, vue mer... de nuages. Les faineants que nous sommes ont laissés les skis au pied. Dommage, la pente suspendue est en moquette parfaite. Des allures de Patagonie là haut, ça ne donne pas envie de s'y retrouver en pleine tempête.
On récupère nos skis au pied du goulet final et on fonce vers la vallée de Radule en criant de joie, c'est l'effet moquette corse. Rebelote, baskets, skis dans le dos et on descend le GR à pied à partir de 1550m, dans la magnifique vallée de Radule et ses pins, direction le col de Verghio. Là on peut récupérer notre première voiture et descendre au village d'Albertacce, 25km plus bas, pour y dormir et récupérer des provisions pour la suite des aventures. Et prendre une douche, en bonus.
J4 : col de Verghio - refuge Manganu par Capu a Tozzu et Punta Artica : 18 km et 1600 d+
Après une nuit dans un vrai lit, sans crainte des fameuses puces de lit des refuges corses, on remonte dans la voiture pour remonter au col. Départ dans une épingle vers 1100m, baskets, skis sur le dos, on connait la chanson. Direction Bocca San Pedru, le temps est gris et on finit par trouver la neige un peu plus haut, en direction du Capu a Tozzu. La magie de la neige Corse c'est qu'elle décaille même sans soleil, alors descente moquette ! Pique nique au Bocca a Stazzona avec une super vue sur la vallée du Tavigno, la Punta Artica la tête dans les nuages, et au loin l'envers de la Restonica. On pousse quand même jusqu'à Punta Artica, dans le brouillard mais qu'est ce qu'on ferait pas pour skier de la moquette ! Traversée des marécages d'Acqua Ciarnente, nouvelle ambiance, ça change des pins et du granite ! Puis on pousse la porte du refuge Manganu, le bois est mouillé mais nos prédécesseurs ont laissés comté et cacahuètes, ce soir c'est festin.
J5 : refuge de Manganu - vers l'inconnu par Brêche de Sorbo, Bocca Muzella et Maniccia : 11 km et 1450 d+
Ce matin c'est mode combat, l'étape initiale s'arrête à Petra Piana après avoir skier la Maniccia et le Rotondo, mais on s'attend à trouver le refuge rempli de neige et devoir pousser jusqu'au prochain, le refuge de l'Onda. Départ tôt donc, skis aux pieds pour une fois, direction la brèche de Sorbo, que j'avais découvert en skiant ici en 2023. Le couloir plongeant sur le lac de Capitellu est toujours aussi beau, la moquette corse ne déçoit toujours pas. Antoine aux photos, Val au drone, l'organisation est digne d'un film Faction collective. On remonte direction le col de Rinoso, puis Bocca Muzella, tantôt en peaux, tantôt en crampons. Arrivés en haut, on découvre la longue crête qui mène au refuge de l'Onda, elle est en pleine tourmente dans une vaste mer de nuages venue de l'est. On adopte la technique de l'autruche et on monhe à la Maniccia, histoire de satisfaire nos envies compulsives de moquettes. On fait une croix sur le Rotondo pour le plus grand malheur d'Antoine, pas le temps. Mais la vue est belle, de là on voit tout ce qu'on a déjà parcouru et ce qu'il reste à faire !
Après encore d'épiques virages moquette, on plonge dans les nuages et il faut trouver l'entrée du ravin qui permet de sortir de la face, au radar. Avec Antoine on fait appel à nos souvenirs de 2023, quand on était venu en repérage. Ça ressemble mais c'est bizzarre, c'est plus large, moins raide, il a tant neigé que ça ? On arrive au refuge de Petra Piana dans un brouillard plus épais que la mauvaise purée de nos lyos, tout est ensseveli sous la neige, là c'est sûr, il y en a gros ! Mais l'entrée est dégagée... et c'est la libération, le local cuisine est propre et sec, il y a 4 matelas de sortis, parfait ! Le dortoir lui par contre est plus enneigé que nos chers Aravis. La FOMO de pas être allé au Rotondo s'installe...
Du bois humide, encore, mais en faisant razzia de toutes les branches mortes des arbres alentours on arrive à faire ronronner le poêle, objectif slibard ! Non seulement on a pas doublé l'étape mais en plus on dort au chaud, il en faut peu pour être heureux !
J6 : refuge de Petra Piana - refuge de l'Onda par la Serra Bianca : 7 km et 500 d+
C'est parti pour la journée de transition, sous la grisaille et même quelques gouttes. Mais on est contents de pas avoir eu à faire ça hier soir dans le brouillard. On suit les crêtes de Serra Bianca, tantôt à skis tantôt en crampons, on commence à avoir l'habitude, les transitions sont rapides, prêts pour la Pierra Menta.
Malgré la météo c'est toujours très beau. Courte descente du Capu a Meta, moquette humide mais moquette quand même, puis on finit à pied jusqu'au refuge de l'Onda.
Refuge ou bunker sibérien ? Dire que ma candidature pour gérer la campagne de rénovation des refuges corses n'a pas été retenue... Acceuil froid et humide mais le bois est sec, on peut passer l'aprèm au chaud à se gaver de lyos en attendant la grosse etape du lendemain.
J7 : refuge de l'Onda - Station de Ghisoni par Punta Muratello, col de Vizzavona, Punta dell Oriente et Monte Renoso 20 km et 2200 d+
On se lève tôt, c'est l'étape marathon, avec le tant redouté portage du col de Vizzavona. Départ dans le brouillard avec le vent corse qui s'est réveillé, tiens on l'avait pas encore vu lui ! Montée en baskets sur le GR, tout le monde la ferme, c'est l'ambiance des journées où tu te demandes ce que tu fous là. Puis on sort la tête des nuages, le vent se calme, et c'est beau encore et toujours. Direction la pointe Muratello, vue panoramique et ciel jaune chargé de sable, tiens c'est moquette en sud, décidément on est pas déçus. Petit coup d'œil à droite, 3 sangliers s'enfuient en courant sur l'arête. Hein quoi ?! Et ben oui 3 sangliers crapahutent sur une arête effilée à 2100m là où nous on est montés en crampons, la Corse c'est différent. Encore une belle descente sous l'œil du Monte d'Oro, un peu de combat dans la forêt et ça déchausse à 1450m. 1h plus tard on traverse le col de Vizzanova sous des coups de klaxons d'encouragement. Pause midi aux bergeries de Pozzi pour manger le dernier lyo du voyage (enfin !) et ça rechausse à Punta Grado. Pas si horrible ce portage finalement, et surtout c'etait le dernier, on commence fort à penser à la pizza ! Passage à la magnifique Punta dell' Oriente et point de décision : il fait beau, on est en avance, on pousse jusqu'au Renoso. Antoine l'éternel optimiste avait raison. On arrive donc sur le plateau du Renoso après un nombre de transitions ski/crampons incalculable, c'est le thème de la journée. Acceuillis par le vent Corse dans une ambiance lunaire, tout est figé dans la glace. Personne ne faiblit et on peut prendre notre selfie à la croix du Renoso en admirant le chemin parcouru : quasi 100km, 9000m de D+ et 48 transitions diverses (baskets/peaux, peaux/crampons, crampons/skis...). On se laisse glisser jusqu'au parking de la station pour retrouver la voiture et filer au gîte U pianu di l'amizia à Ghisoni en rêvant de notre repas.
L'accueil est chaleureux, le repas copieux et délicieux, les douches chaudes et les chambres confortables, on recommande !
Demain on ira récupérer la deuxième voiture au col de Verghio, sous la pluie, on a fini juste à temps !