Abstract
Alors que le débat ski-snowboard continue de diviser et que pleuvent les arguments fallacieux, nous proposons de remettre les montres connectées à l’heure grâce à un travail de recherche complet et abouti. Dans cette étude, nous comparons les performances, le style et la satisfaction subjective de deux populations que tout oppose : les collants-pipettes et les Guenilles, au cours d’une sortie à double sommet dans le massif de Belledonne.
I - Introduction
L’état de l’art indique que les individus de type “collant-pipette” font en moyenne plus de dénivelé que les individus de type “guenilles”, mais au prix d’un flagrant manque de style (autant vestimentaire qu’en termes de descente). Nous souhaitons montrer à travers nos travaux que si la Guenille, d’un naturel hédoniste, ne recherche pas la performance à tout prix et se soucie autant du poids de son matériel et de sa vitesse d’ascension que de son taux d’alcoolémie pendant le week-end d'inté, elle reste néanmoins parfaitement capable de rivaliser avec son lointain cousin tout en ayant l’air infiniment plus cool.
Nous articulons notre étude autour de 2 axes principaux et un secondaire :
1. Prouver qu’il est possible d’effectuer des sorties dignes d’un collant-pipette en étant équipé ̶d̶e̶ ̶d̶e̶u̶x̶ ̶p̶e̶l̶l̶e̶s̶ ̶à̶ ̶t̶a̶r̶t̶e̶ d’un splitboard et / ou d’une paire de raquettes
2. Montrer que les snowboarders ont définitivement bien plus de style à la descente, en particulier quand il vient de tomber 40 cm de fraîche
3. Tester l’hypothèse selon laquelle les sorties avec Willy bénéficient toujours d’une neige excellente et d’un temps ensoleillé
II - Matériel et Méthodes
- 1 équipe paritaire composée de 4 splitboardeur·euse·s, 1 skieuse et 1 raquettiste
- 1 thermos de thé soigneusement préparé par Xavier, avec non pas une, mais 2 tasses !
- De la compote avec ou sans énergie pur(é)e
- 1 bonne dose de motivation
Commencez par vous retrouver un jeudi soir pour farter votre planche au local. Lancez la réflexion autour d’une sortie avec 1700 m de dénivelé positif - pour environ 700m de descente intéressante. Attendez que vos compagnons aient suffisamment profité de l’ouverture de la tireuse pour qu’ils pensent à leur tour que c’est une chouette idée.
Expérience n° 1 :
Retrouvez vous un dimanche matin à 8h tapantes au parking de Freydières. Laissez Garance finir sa brioche (très important).
Grimpez tranquillement dans la forêt puis continuez jusqu’au lac du Crozet, sans omettre la pause goûter pour vous recharger en électrolytes. Dirigez-vous ensuite vers le col de la Pra et buvez un coup en attendant votre raquettiste - elle fanfaronne mais elle s’est pris les pieds dans ses raquettes.
Après une courte descente en direction du refuge, où vous pourrez admirer à votre guise le style inimitable des spliteux découvrant la glisse avec l’autonomie de leurs deux jambes, traversez à flanc sous les barres rocheuses et laissez passer les groupes de skieurs pour qu’ils vous tassent bien la trace (il faut tout de même leur trouver une utilité).
Remontez la combe en NW, puis W, en écoutant Xavier râler que la trace est trop raide, qu’il glisse, et que Garance détruit les conversions.
Parvenez enfin au sommet de la Grande Lauzière et admirez la vue tout en mangeant votre sandwich. Abreuvé par le thé du daron autoproclamé du groupe, oubliez qu’il y a un petit quart d’heure vous étiez au bout de votre vie, et envisagez plutôt que ce serait une drôlement bonne idée de rallonger la sortie par un détour au Grand Colon. Soumettez votre plan à l’opinion populaire en insistant sur le fait que le retour sera moins pénible.
Expérience n° 2 :
Une fois que le peuple aura accueilli chaleureusement votre idée (mais quel était l’ingrédient secret de ce thé ???), laissez les capitalistes Willy, Xavier et Idaline attaquer la descente par la droite, et souvenez-vous des enseignements de Vlad en prenant à gauche.
Confiez le lead à Sophian, car il sait aussi bien dénicher les petits couloirs sans traces que le seul caillou de toute la face W.
Arrivés au lac Claret, commentez cette descente d’anthologie en ces mots : “Pas mal”.
Puis mettez toute cette endorphine à profit pour avaler les 400 derniers mètres sans trop de difficultés, si ce n’est une légère odeur de flatulences - ma foi tout à fait appropriée au nom du sommet.
N’oubliez pas d’immortaliser votre deuxième sommet de la journée par un second selfie de groupe, ni de reprendre des forces avant la descente finale (mais peut-être pas avec un sandwich au saucisson…)
III - Résultats
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IV - Discussion
L’expérience n°2 a été concluante. La descente par l’entonnoir ouest du Grand Colon a permis au groupe d’arriver jusqu’au parking planche aux pieds, et d’éviter une traversée pénible au-dessus du lac du Crozet ainsi qu’un déchaussage à l’orée de la forêt.
Cette expérience nous a montré que Willy, malgré son dédain de la course à la performance propre aux collants-pipette, était très satisfait que sa montre affiche 2100m - sentiment partagé par le reste du groupe qui l'a célébré par des hourras. Comme quoi la Guenille n’est pas immunisée contre l’effet Strava - mais contrairement aux collants-pipettes, elle ne quantifie pas sa joie en fonction des statistiques de sa sortie. Sa satisfaction et son choix de matériel restent conditionnés par le plaisir procuré par la descente, indépendamment du dénivelé positif. Néanmoins, elle ne se gênera pas pour s’en vanter en entrant dans la Gélinotte boire un verre.
Contrairement à la croyance populaire qui veut que les spliteux aient toujours un problème de matériel au moment de transitionner, c’est notre skieuse Léa qui s’est retrouvée avec une fixation gelée au sommet du Grand Colon. Heureusement la situation s’est débloquée sans devoir recourir à une envie pressante, car les gourdes étaient vides depuis belle lurette. Aucun problème majeur n’est à déplorer côté snowboarders, ce qui infirme la théorie selon laquelle c’est toujours eux qu’on attends au sommet.
(On me dit à l'oreillette que notre skieuse avait aussi cassé une cale de montée...)
Nos résultats soulignent l’importance d’une hydratation optimale et d’un apport calorique suffisant dans la réussite de la sortie prévue. On constate sur la Figure 7 que Xavier n’a ressenti aucune crampes malgré le dénivelé 1.75 fois supérieur à celui de sa première sortie avec le cycle perfectionné. Il s’est même permis de tracer dans la deuxième montée ! La potion magique contenue dans son thermos pourrait ainsi avoir participé au succès de l’expérience.
Enfin, la Figure 5 indique que la recherche de régularité (typique des skieurs adeptes de la godille) est inversement corrélée au style en descente. Les snowboarders, en embrassant le chaos contrôlé, optimisent à la fois leur trajectoire et leur expérience esthétique. Cela vient renforcer les conclusions de Thoviste et al (2001) qui avaient établi que “l'efficacité de descente (E) est inversement proportionnelle au nombre de bâtons plantés dans la neige (B) : E = k/B, où k est la constante de glisse."
Le plaisir retiré est de plus bien supérieur, comme représenté sur la Figure 6.
V - Conclusion et Perspectives
Nos résultats démontrent que, malgré un matériel souvent perçu comme encombrant et moins polyvalent, les snowboarders, qu’ils choisissent de respecter la tradition (les raquettes) ou d’embrasser la modernité (le splitboard), peuvent rivaliser avec les skieurs en termes de dénivelé positif tout en affichant un style inégalé à la descente. Il est donc possible de cumuler dénivelé, plaisir et élégance sans sacrifier son âme. Pour les bipèdes pas d’inquiétude, il semblerait qu’adhérer aux Guenilles permette tout de même d’améliorer son style d’environ 150%, comme prouvé par Léa.
Nous avons également mis en lumière le rôle du thé de Xavier comme catalyseur de performance, tout comme l’influence des selfies de groupe sur la motivation collective ainsi que l’importance de pauses goûter fréquentes avec panorama. Nous confirmons aussi l’hypothèse selon laquelle la présence de Willy garantit une neige poudreuse et un ensoleillement optimal (p < 0.001).
Cette étude ouvre des perspectives prometteuses pour la recherche. Nous encourageons notamment les futurs chercheurs à explorer la possibilité d’intégrer l’effet Willy dans les modèles météo, ainsi que d’évaluer la relation entre la quantité de nourriture ingérée par Garance et la vitesse d’ascension.
CAFGO - 08 Feb 2026 Vol 491, Issue 6785 DOI: 10.1336/cafgo.adt5221