Sortie du samedi 2 mai 2026
Le Tank Soviétique
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : c'est le printemps quoi
Conditions d'accès/altitude du parking : 1700m
Altitude de chaussage/déchaussage : 1800m
Conditions pour le ski : excellentissime avec de la moquette partout
Conditions nivo et activité avalancheuse : présence de coulées humides sous le glacier, parfois avec de très importants blocs face NE, au-dessus du glacier, présence de plaques de neige fraîche (10cm ) sur couche dure en face N.
Skiabilité : 😄 Excellente
Compte rendu
Itinéraire suivi : Parking le Mayen - Refuge du Ruitor - Col de Monsetti - Terrasse du Ruitor avec les bières - le lit - Vallée glaciaire du Grand - Tête du Ruitor - Vallée glaciaire de l'Invernet - Coopérative laitière avec de beaufort.
Horaires : Jour 1 : 9h - 15h, Jour 2 : 6h30h - 13h30
Glissade d'un Tank
Jeudi soir Ekosport
Skiman : "Mais qu'est ce que vous avez fait avec vos skis?"
Moi : "Des virages sautés sur neige dure, des fois...pas beaucoup, enfin si, mais un peu bien, enfin non..."
Skiman : "...Vous savez monsieur si j'étais vous je n'irai pas à votre sortie glacier demain, vos fix sont dans état de détérioration très avancé"
Moi: "Mais si je fais attention? 😬"
Skiman : "Je vous ai donné mon avis, vous faites ce que vous voulez, j'ai un peu réparé mais encore des chocs violents et la fix va sortir du ski, avec votre jambe avec. Vos fix n'étaient pas faîtes pour ça genre d'activité..."
Bon 😭
La dernière sortie, j'ai dechaussé en montée et ça vient des fix arrières qui sont explosées en interne. J'ai trop fait la brute avec des fix en plastique. En même temps, les caisses de l'URSS sont vides comprenez-moi, le camarade Gorbatchev il a pas épongé le dette du camarade Brejnev alors le Tank il avait du acheter des chenilles Dynafit en plastique. Et au lieu de faire des ballades tranquilles le long de la Volga, il a envahi l'Afghanistan avec, du coup c'est quasi-cassé. Le Skiman a sans doute raison, mais bon, avec l'accord du chef et avec moi même on va quand même tenter, j'aurai une descente "douce".
En route vers le Ruitor
Allez on sors du lit ! Grand départ pour le glacier du Ruitor, les chenilles torturées du Tank vont rouler sur de la glace ce weekend. L'équipe habituelle de ces dernières temps est presque la même, Vin Diesel avec sa caisse d'enfer sauf au départ, notre bon Patrick, le Batman des montagnes qui va nous enseigner les bases de la progression sur glacier, une nouvelle, s'invite dans le groupe, Flore, mais je n'ai pas de surnom pour le moment, elle fait des ballades avec des mulets visiblement et vit dans un co-château, je trouve ça stylé, il y a toujours des profils atypiques dans ce club.
C'est après 2h de route dans la Bat-mobile qu'on arrive au parking, après le passage de Bourg Saint Maurice, drôle d'endroit si vous voulez mon avis. La religion officielle ne semble pas abrahamique mais plutôt tournée sur le Beaufort en totalité, tout semble y faire référence, une vraie obsession sur un seul sujet, ça en fait un monothéisme à ce titre. On n'a même pas commencé que le chef propose d'en acheter au retour, invoquant l'argument "culturel" de la sortie pour se donner bonne conscience...
Montée au Refuge
En lieu et place du parking situé à 1200m que j'avais repéré comme début de marche, pas un cm de neige n'est visible, on montera jusqu'à jusqu'à 1700m au Mayen, 500 de D+ dans la vue, comme quoi c'est pas un vrai sport le ski de rando.
Mai le décors est splendide, une vraie carte postale pour parisien déconstruit, des montagnes d'un vert très clair, un soleil éclatant et des cabanes en briques toute mignonnes. C'est à la fois beau et horrible car on doit aussi porter les skis. Heureusement ce ne sera que sur 100m, on pourra profiter du spectacle des chemins piétons juste ce qu'il faut. Autour de nous de nombreux arbres sont pliés ou trépassés par les avalanches de la saison c'est étonnant à voir. Beaucoup de bouleaux ont plié mais n'ont pas rompu.
La neige fait vite son retour, et on se retrouve vite dans le Royaume de Narnia, hiver comme tu m'avais manqué, je suis triste de te voir nous quitter si vite....
L'arrivée au refuge du Ruitor se fait sans encombres et nous poursuivrons l'ascension vers le Col de Monsetti pour quelques exercices de secours en crevasse autour d'un paysage me mettant à court d'adjectifs...l'immense vallon du Ruitor, entourée de monts et parcourue par ce torrent central qui casse l'immobilité du lieu ajoute une touche au tableau.
Vin Diesel est rapidement jeté dans un trou découvert en haut du Col, pendant ce temps on s'essaye aux exercices de secours en crevasse pour essayer de le sauver. Le temps qu'on y arrive, il aura le temps de patienter dans son trou, voire même de s'affiner dans sa cave. Les exercices donnent rapidement le verdict :
- Pour tirer quelqu'un du trou, le système classique, le mariner simple à une poulie, rend la tâche impossible si on est seul.
- Si on utilise deux poulies, la tâche devient simplement harassante.
- Avec le mariner double, ça devient franchement plus simple mais c'est complexe à mettre en place. Au final je retiens que glacier, c'est 3 personnes pour marcher dessus et on oublie le mariner simple.
On arrive enfin à sortir le petit Beaufort de sa cave et on chausse pour profiter d'une moquette 5 étoiles face à la plaine du Ruitor. Une descente parmi les meilleures, je reviendrai !
Au refuge, debrief, bière et encore des mariners pas simples avant un repas typique, pour se coucher tôt.
Aux aurores le lendemain
Batman voulait partir très tôt à la faveur de l'obscurité, petit déjeuner englouti on décolle à 6h30. Il fait étonnamment chaud dis donc ! Pour l'ascension deux choix s'offraient à nous, par le Glacier de l'Invernet, plus direct mais plus raide et en aller retour. Ou par le Grand, plus long moins raide et en boucle en descendant par l'Invernet. Là où nous les jeunes on est rivés à nos portables et nos traces GPX qui nous laissent dans l'indécision. Batman il anticipe et il fait une chose impensable pour ma génération, il va interroger le gardien du refuge, parler aux gens de la veille jusqu'au matin pour évaluer le meilleur passage. On partira alors pour le Grand, la montée est peu raide et facile malgré les cailloux forts nombreux qui parsèment le bas de l'ascension.
La chaleur moite de ce drôle de matin est brièvement coupée par l'air froid du glacier qui nous tombe dessus vers 8h et nous oblige à nous couvrir. Pour les adeptes des mondanités en société voulant étaler la confiture au maximum possible sur la tartine, on appelle ça un thalweg, vent des glaciers ou même des vents catabatiques, ça vous épate hein ?
Je range mon pot de confiture, bref on arrive sur la dernière pente finale qui commence à glisser, après une glissade style toboggan de notre représentante féminine, sans gravité heureusement, on enclenché les couteaux pour finalement atteindre le glacier.
Le Glacier
C'est grand, c'est plat, c'est beau et c'est le début des exercices d'encordement. On se retrouve à trois dans une sorte d'exercice de collocation désagréable. Chacun doit porter la corde, on a les acoups des autres et on ne peut plus vivre sa vie tranquille. C'est vraiment parce que la sécurité l'exige et que le club en a besoin !
Suite aux différentes manip, c'est sur la dernière heure qu'on se dirige vers le dernier point haut, la Tête du Ruitor. Notre bon chef semble penser au Beaufort du bas car il est impatient.
"Allez vous lambinez là, quand c'est plat profitez en pour poussez vos skis"
Ah oui avec Patrick j'ai appris plusieurs points intéressants car son truc à lui, c'est l'efficacite. On ne s'arrête pas où peu, on avance, on est EFFICACE !
Son mantra revisité : "Des pauses rares mais brèves"
Et ça ne s'arrête pas là, ke sac doit être rangé logiquement pour ne pas s'arrêter, le camelbag est quasi obligatoire, nourriture accessible, matériel à emplacement fixe ET connu, idem pour la baudrier. Tout doit être anticipé dans l'organisation et le trajet. Même l'heure d'aller aux toilettes dans un refuge pour ne pas se prendre la queue est prévue. C'est un professionnel je vous dis, c'est comme la ceinture de Batman qui contient tout les gadget nécessaire car Batman a déjà tout anticipé. Et force est de constater qu'on évolue assez vite en partie grâce à ça.
C'est enfin arrivés au glacier après une traversée sur face Nord dure recouverte de poudreuse (car oui ça existe encore) qu'on peut enfin admirer la splendeur du paysage en compagnie d'une statue de la Vierge Marie qui me rend triste quand je pense à la galère que ça a du être de l'emmener si haut. Mais elle est belle il n'y a pas à dire !
Après un pique-nique bien mérité et un tour d'horizon permettant d'admirer le Mont Pourri qui ne mérite pas son nom, Le Mont Blanc qui fait envie, les Grande Jorasse qui font juste peur et le Cervin qui fait rêver, c'est l'heure de descendre !
La descente catabatique
La première descente sur la crête du Ruitor est super simple mais vaut le coup car glisser face à de si belles montagnes qui nous surplombent est une grande bouffée de liberté. C'est avec regret qu'on bifurque sur la gauche pour oublier l'amour naissant de cette onduleuse crête. Mais les ex, ça s'oublie bien vite en altitude et l'on se retrouve dans les bras de pentes poudreuse et fraîches qui nous rappellent les temps heureux des BERA joyeux.
Après ce beau moment et une traversée de glacier plus ardue sur des pentes très raides à 0°, on s'attaque à la descente de l'Invernet, qui sera la partie la plus raide de la descente.
Et ce sera un bonheur également, neige tout juste décaillée, on se régalera sur toute la partie ardue avec une bonne accroche de cette neige de midi.
Cette aventure de descente individuelle s'est soudainement arrêtée quand le Batman des montagnes s'arrêta avec un sourire goguenard.
"Ah ben mince alors, on est face à une zone crevassée et c'est jour blanc, il va falloir descendre encordés"
Et nous revoilà avec la coloc. Mais en descente c'est comme être avec des coloc toxiques franchement. L'exercice est bien plus difficile et chaque membre de la cordée est une source inépuisable de tracas pour les deux autres. Mais à force de virage, une certaine harmonie se met en place, la colloc s'organise et quand la stabilité est là, nos liens sont défaits et cette intéressante expérience prend fin. Nous pouvons terminer par une traversée finale bien agréable, sous un soleil de 13h éclatant, on profite de cette belle moquette une dernière fois avant de rentrer au parking, petite bière au refuge au passage.
Au retour on aura le malheur de se fier trop aux traces de ski partant vers la gauche et on devra déchausser prématurément sur la route exposée sud là où en restant dans les petites combes exposées Nord on aurait pu gagner un peu de ski mais au moins on admirera plus longtemps face à nous un tableau printanier de qualité !
C'est en revenant à Bourg Saint Maurice qu'on s'arrêtera bien évidemment sur la partie non négociable du weekend. L'achat de Beaufort bien entendu !