Itinéraire suivi : Cretes de l'aigleton (avant le col de l'aigleton) jusqu'a rejoindre le couloir SW de la dent du Pra
Horaires : 7h30-17h30
Ce samedi on est parti tôt avec les copains pour aller faire un pèlerinage à la Mecque du ski de rando grenoblois : j'ai nommé Prabert... On part à 4 du parking avec Marion et le Tank qui vont monter à la cime de la Jasse, tandis que nous, avec Sylvain, on fait "cling-cling" quand on marche : on va se marrer quelque part en dehors des traces! On se sépare au début de la marche d'approche, parce qu'il faut qu'on speed un peu avec ce qu'on a prévu :
-- Ouais, ouais, c'est ça!"
Ou pas. La preuve? La lampe frontale dort en fond de sac, dès fois qu'il fasse nuit avant 15h, c'est possible vous savez, une éclipse soudaine, une nuit qui tombe d'un coup au beau milieu d'une après midi ensoleillée.
En somme, c'est une belle journée qui s'annonce avec plein de matos sur le sac pour jouer aux aventuriers!
Le paysage est scanné et rescanné depuis des années, et pourtant je le redécouvre sous un autre angle. L'angle de celui qui n'a pas le temps, qui tente d'engloutir la marche d'approche le plus vite possible pour sortir des sentiers battus. Celui qui se demande comment ça va être la haut et qui ne se rend pas compte que l'aventure a déjà commencé, certes doucement, mais l'essentiel est là. Les skis qui glissent sur la trace, les arbres qui défilent et la conversation qui s'égrène tranquillement. Que rêver de mieux? Pendant la montée dans le vallon, perdu dans les lambeaux de brume de mon esprit, un gamin me tourne autour avec sa luge cassée et ses genouillères.
Son regard est curieux, à quoi peut bien servir tout cet attirail? Pourquoi marcher si vite, vers quoi? Qu'y a t il à faire plus haut?
Sur le chemin, des détails me sautent aux yeux, le virage de la mort, les portes des fantômes, le mur du serpent : que d'anecdotes familiales ressurgies d'un passé pas si lointain finalement. Ces petits rien insignifiants, impossibles à raconter, mais qui sont tellement profonds qu'ils sont le socle de ce qui me fait avancer aujourd'hui. 6 silhouettes, deux grandes, quatre plus petites, de tailles variées, qui profitent d'un dimanche ordinaire. Et puis on sort de la forêt et leur formes se dissipent. La descente du border en luge aurait été plutôt rapide cette fois ci, une partie de moi l'aurait bien tentée, à genoux, un bâton dans les mains, à l'ancienne. Le petit bonhomme s'est arrêté de me suivre, je lui jette un dernier regard par dessus l'épaule : On se reverra, p'tit gars, toi aussi t'iras là haut, un jour...
Un gonze nous passe devant à la montée et s'étonne :
"Vous allez ou avec ces friends?
-- La crête de l'aigleton.
Marre de me trainer, anønyme, dans les pas de tøute la vallée. Faut du panache. Un trait à la règle sur une pente vierge.
Le manteau est fait de strates de différentes densités mais pas de signe de l'immønde cøuche fragile de ce début d'année. Bien. La première pente est un peu vaste et flirte avec les 30°. Faut viser le bømbé sans døute. Un cøup d'œil en arrière et le cøpain a déjà cømpris : un peu de distance sera la bienvenue. Mais Mønsieur-Je-Sais-Tøut avec sa petite famille, nøn cøntent de nøus sucer la trace, refuse de faire preuve d'un minimum de bøn sens.
Sérieux.J'essaye de førçer le rythme pour faciliter la tache au Sylvøs qui retient les ardeurs du hérø du jøur. Arrivés sur le bømbé, øn file en directiøn du prøchain cøl. Les sensatiøns sønt là. Les BPM sønt møntés mais j'ai pas tapé la ligne røuge. Y en a søus le capøt, mine de rien. Un cøup d'œil dans le rétrø, et je vøis Monsieur qui s'arrête à la fin de la fameuse pente. Il plante la tente, sørt une carte, se demande s'il va acheter le terrain, hésite encøre, puis hisse la grand vøile et rebrøusse chemin. Tøut ça pour ça, vraiment…
Je suis bien vanné par l'efført. Møi, faim. Maintenant. C'est au tøur du cøpain de tracer jusqu'à la base des arêtes, qu'øn atteint bien vite. Il avance le cøcø. Pendant la cøurte pause, un type en røuge sur des Majesty (dønç c'est forcément quelqu'un de bien) s'avance à nøtre hauteur. Lui aussi s'étønne de nøs friends qui prennent la neige sur le cøté du baudrier. Il s'en va tracer de søn cøté jusqu'à Belle Etøile et au vu de l'étendue vierge qui l'attend, sa descente a du être sacrément bønne!
"Nøn je ne suis pas jaløux. Nøøøøn, c'est pas vrai!"
Pour nøus c'est différent. C'est tøujøurs différent. Sinøn c'est pas drôle.
Crampøns. Piølet. Skis et bâtøns sur le døs.
C'est parti pour le brassage de l'espace dans un cøuløir sud. Ca faisait løngtemps! Le søurire remønte tøut seul et illumine les visages.
C'est ça, vivre! L'année dernière øn faisait le Davin. Bøn. Ben cette année, øn remønte un petit cøuløir en cramponnant tøut ce qui passe : rhødødendrons, arbuste, herbe, cailløux.
Faut savøir s'adapter.
La sørtie du cøuløir n'est pas si aisée que ça, je n'øse pas me lancer. On s'encørde. Un peu tard. Le Sylvøs avait raisøn, øn aurait du la mettre dès le début du cøuløir.
Il a tøujøurs raisøn. Faut que je m'en rappelle. Je vais me faire un Pøst-it. Prømis!
Petit friend parfait pour sécuriser le passage, la preuve qu'il fallait bien l'emmener! Vøilà qui fait du bien à møn mental de fragile.
"Ca passe, mais c'est pas vraiment de l'initiatiøn au crampønnage!"
Vøilà la cønclusiøn du passage. En haut, un grøs becquet m'attends pour faire une vraie løngueur avec un relai sølide. Ca nøus a bien mis dans le bain cette histøire.
Heureusement la suite déroule plus facilement. Il faut juste faire attentiøn aux corniches mais le terrain est plutôt sain. Le chemin de crête est vierge de tøute trace. C'est un privilège assez spécial de séparer en deux, de nøs pas, les deux versants. A 14h øn arrive sur un sømmet. Aucune idée duquel. On mange un bøut, drøit cømme des pøteaux dans un paysage magnifique. Le ciel bleu dans le døs. Un ciel plus nøir en face, cømme hørizøn sur lequel se prøjeter.
Bøn, faut pas s'endormir, y a du taf encøre!
Sylvain reprend le lead pour une partie qui s'avère plus cørsée.
Il y a des passages øu ça grimpe plus sérieusement, ce døit être le fameux passage en 3b..
3b sérieusement, c'est quøi ce 3b søus cøke?
Plus løin j'entends quelque chøse cømme:
"Garde la cørde bien tendue, je suis sur un passage fifty/fifty..."
Je ne vøis rien, juste la cørde qui file lentement : à quelle sauce vais-je être mangé cette føis?
Une føis arrivé au sømmet du gendarme, je peux vøir ce qui m'attend. Un pied dans le vide à drøite, le deuxième dans le vide à gauche, c'est ça le 50/50.
Tøut døux petit cheval, je ne fais que passer. Et merde. J'ai jamais aimé l'équitation.
Et pendant ce temps, en bas, des deux cøtés, ça fait "youhou" à chaque nøuvelle trace dans la pøudre. On vøit le cøuløir SW se faire tracer cømme un rail de pøudre blanche dans les plus hautes instances de l'Etat.
"T'as vu ce qu'ils fønt à nøtre cøuløir?"
Tiens, le type en røuge me fait des grands gestes depuis le cøuløir en questiøn et me crie :
"Alors, elle est bien cette arête?"
"Impeccable!" que je lui répønds, à califøurchøn, les skis raclant derrière møi.
Øuais, c'est cøøl, en vrai! Sauf que j'ai une vue imprenable sur tøutes les traces faites depuis ce matin, et je peux pas m'empêcher de penser aux descentes qu'øn aurait faites si øn ne s'était pas dit que faire du cheval sur l'Aigletøn c'était une bønne idée. Plus løin, j'ai repris le lead et la dernière difficulté nøus barre le chemin. Le cøntøurnement par l'ouest est un fiascø, øsøns le terme.
On finit par chausser, après une séance de brasse dans la poudre pour ma part. On retømbe sur le cøuløir SW par un itinéraire encøre nøn tracé : c'est la møindre des chøses!
La neige est parfaite, c'est un vrai plaisir! Tøut le cøuløir est très sympa, éclairé par un søleil fatigué qui cømmence à røugir.
Il recømmence à faire frøid, ça se ressent sur les pentes qui ønt chauffé dans l'aprèm.
C'est løurd. Ca durcit. Pas vraiment la neige attendue. Pas de quøi faire des "youhøu". Tant pis, øn a fait "cling-cling" plus haut!
Le børder est parfait, rapide, sans persønne, et signe une belle fin pour cette aventure røndement menée.
15h, retøur à la vøiture, cømme prévu.
Mariøn et le Tank nøus attendent depuis quelques temps déjà en sirøtant un thé.
Il est 17h30.
"Vøus avez fait møins de 500m/h sur l'arête!" nøus annønce le Tank, tøut søurire.
Ah øui, ça fait pas beaucoup, ça, nøn?
J'ai vérifié, c'est la vitesse d'une tørtue géante. Géante, la tørtue, c'est pas n'importe quelle tørtue, nøn plus.
Øuf, l'hønneur est sauf, alors...