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Sorties > Ecrins > Cols de La Pyramide, col Est, Banane Nord

Cols de La Pyramide, col Est, Banane Nord ⭐⭐⭐

Massif : Ecrins
Départ : Villar d'Arêne (Pont d'Arsine) (1667 m)

Topo associé : Cols de La Pyramide, col Est, Banane Nord

Sommet associé : Cols de La Pyramide (3292 m)

Orientation : N

Dénivelé : 1600 m.
Ski : 5.2

Sortie du lundi 01 mars 2021

PierBa

Conditions nivologiques, accès & météo

Grand beau
Etat de la route : toujours de bonne qualitay
Altitude de chaussage et déchaussage: parcours de randonnée des pistes de ski de fond de Villar. Toujours un plaisir de frôler au retour les badauds qui randonnent en raquettes le long du lac.

Activité avalancheuse observée : le vent de SW a plaqué tout ce qui est nord. Neige rosée du Sahara créant un plan de glissement avec la neige qui se pose par dessus. Dans le raide ça purge tout seul. Dans le moins raide... méfiat. Une plaque déclenchée dans le cône à la descente.

Rimaye (ça se prononce "rimaille" ou "rimet"?): partiellement bouchée mais peu pronfonde

Skiabilité : 😐 Correcte

Compte rendu


Je le regarde allongé dans son lit d’hôpital, dans la salle de réveil.

Notre rencontre se termine ici.

Encore un chanceux, ou un miraculé qui est passé par le service du déchocage, à vous de me le dire.

Un gars du coin, qui n’en est pas à sa première sortie, et pas à sa dernière non plus je pense.

Mais aujourd’hui le mauvais choix, le mauvais itinéraire, le mauvais timing.

Le couloir débonnaire qui, vitrifié, devient une piste de bobsleigh.

La zippette qui se transforme en glissade, la glissade qui se transforme en enfer.

100 mètres ou plus, la vitesse qui s’accumule, l’impact en bas.

Il s’en sort bien finalement.

Arrivé quelques heures au préalable en barquette après un tour d’hélico, les traits crispés par la douleur au moindre mouvement, je le regarde maintenant apaisé.

Le visage râpé, quelques côtes cassées, un petit pneumothorax, une clavicule disjointe, une hanche luxée.

Pas de traumatisme crânien grave, pas de colonne brisée en deux, pas de saignement interne, pas de coma, pas d’arrêt de cardiaque, pas de mort.

Des antalgiques, un scanner, une réduction de luxation et le voici en salle de réveil en attente d’être transféré en service conventionnel.

Pas en réanimation.

On se regarde

« Bon Adrien, si je peux vous donner un dernier conseil… »

« Vous allez me dire d’arrêter le ski ? »

Non, bien sûr que non, ce n’est pas moi qui vais lui dire d’arrêter d’aller en montagne.

Ce serait le comble.

L’hôpital qui se fout de la charité tsé.

« Non je vais vous dire que pour la prochaine fois, il faudra porter un casque »

Il me sourit.

Je vois qu’il n’a pas compris.

J’hésite à renchérir. J’hésite à faire part d’un paternalisme facile, faute typique dans la relation médecin malade qui fort heureusement tend à disparaître. Mais est-ce vraiment du paternalisme ou de la prévention secondaire ?

« Adrien, aujourd’hui l’impact que vous avez subit a été assez fort pour déboiter la tête du fémur de son articulation »

Je visualise dans ma tête l’orthopédiste débout sur le brancard, une heure avant, tirant comme un sourd et de toute ses forces pour réduire la luxation d’Adrien.

« Vous êtes jeune, vos muscles de la cuisse, vos tendons et vos ligaments sont très puissants. La contrainte qui a été exercée sur votre fémur lors de l’impact a été énorme. Si vous aviez tourné dans la mauvaise position lors de votre chute vous auriez pu taper tête la première. Si ça avait été le cas, sans casque, là on ne serait pas en train d’avoir cette discussion, vous seriez mort ou au mieux dans un coma profond avec des dégâts cérébraux irréparables (note aux lecteurs : c’est comme dans les blagues carambar « Tu préfères ?», à vous de choisir quelle est la meilleure solution). Votre fille grandirait sans père, vous ne seriez plus là pour elle. Votre femme serait veuve… »

Il est vivant parce qu’il a eu de la chance.

Est-ce de l’égoïsme de ma part de tenir un tel discours ?

Peut-être.

En fait je pense à ma pomme.

Bah ouais.

Retrouver la famille d’un patient dont je suis en train de m’occuper dans le couloir, voir les regards perdus, mêlés d’espoir que leur proche va bien et de peur, la peur de l’inconnu, de la mauvaise annonce, de celle qu’on essaie de repousser, qui ne peut pas exister, qui n’existe pas d’ailleurs.

Se présenter

« Bonjour, je suis le Dr…, anesthésiste réanimateur du déchocage, je m’occupe de votre proche, venez avec moi, je vais tout vous expliquer… »

Les accompagner jusqu’à la salle d’attente.

S’asseoir face à face.

Regarder droit dans les yeux une mère, un père, une femme, un mari, une fille ou un fils.

Avec un cheminement calme et clair, verbaliser que la vie ne va plus être comme avant. Que leur proche n’est plus. Qu’il est mort. Qu’on a tout fait, mais que ce n’était pas suffisant, que c’était trop tard.

A l’impossible nul n’est tenu.

Être celui qui apporte ce moment brutal où le monde s’effondre autour de soi, où l’espoir disparait.

Ne pas détourner le regard, serrer la mâchoire, faire le vide dans sa tête.

Être empathique et pas compatissant.

Non, ce n’est pas que de la sémantique.

Ouais, du coup, non merci. Ça va. Très peu pour moi. Si je peux éviter de devoir faire des annonces de ce genre, si je peux éviter que quelqu’un se fasse mal en lui faisant porter des protections, en faisant de la prise de conscience par le choc alors ça me va. Tant pis pour les « bien-pensants ».

On se fixe du regard.

Il ne sourit plus.

Peut-être qu’il a compris.

Peut-être pas.




KTCHING KTCHING KTCHING

Ce KTCHING c’est le bruit du bras de la planche à masser qui s’enfonce de manière répétitive, incessante, inlassable dans le thorax du patient pour continuer à faire circuler le sang, à irriguer les organes, le cerveau, alors que le cœur s’est arrêté.

KTCHING KTCHING KTCHING

Je regarde le médecin du secours en montagne et le gendarme du PGHM habillés en bon petits alpinistes, avec casque, baudards, grosses, sans masques (ça c’était avant) là débout au milieu du déchocage à côté du brancard sur lequel git le patient qu'ils viennent de nous emmener, à quelques pas du chirurgien cardiaque habillé tout en stérile, les mains en l’air pour éviter toute contamination.

Le contraste pourrait presque faire sourire.

Presque.

Le médecin du secours en montagne commence les transmissions médicales.

« Homme de…, avalanché en arrêt cardio respiratoire. Ils étaient deux skieurs, ils se sont fait coffrer du côté de…. à… heures. On les a sorti après …minutes. L’autre a été déclaré mort sur place. Celui-ci a passé… minutes sous la neige. Poche d’air, voies aériennes libres, hypotherme à… Il a fait le collapse rescue en fibrillation. Intubé et mis sous planche à masser »

Je regarde mon collègue. Il parle vite. L’adrénaline doit encore circuler dans son sang.

Je tourne la tête vers la baie vitrée du déchocage. Les montagnes remplies de neige fraîche de la dernière chute, brillent d’une couleur rosée sous le soleil couchant de cette fin d’après-midi.

C’est vrai que cette vue est canon.

Probablement que la plupart des personnes dans cette pièce auraient aussi été en train de skier si elles n’avaient pas été obligées de travailler en ce dimanche d’hiver.

Je fixe à nouveau le patient.

Qu’est-ce qu’ils devaient bien se dire avant de se faire engloutir par cette avalanche, qu’est ce qu’ils ont fait de faux ?

Je regarde l’interne d’anesthésie réanimation effectuer l’échographie de débrouillage

« Pas de sang dans le thorax et dans l’abdomen à l’échographie. »

« C’est bon il est dans les clous, c’est possiblement un arrêt sur hypothermie, on peut mettre l’ECMO, préparez les Scarpa »

Les brancardiers découpent rapidement le pantalon en gore tex du patient.

Les infirmières de bloc s’afférent à nettoyer les plis de l’aine que le chirurgien cardiaque va bientôt inciser.

Une canule va remonter depuis l’artère fémorale jusqu’à l’aorte et une autre va remonter depuis la veine fémorale jusqu’à la veine cave.

Ces deux canules vont faire circuler le sang via une pompe extérieure pour remplacer le cœur le temps qu’on puisse réchauffer le patient et le faire repartir.

Mais bon, normalement avec le Covid vous devriez tous savoir ce que c’est une ECMO, non ?

« C’est bon, la pompe tourne »

On arrête la planche à masser.

Le scope montre une ligne trémulante.

Pas d’activité électrique efficace.

Le cœur est toujours arrêté, mais le sang circule grâce à cette machine.

On attend que le patient se réchauffe un peu plus.

Je regarde le corps inerte sur le brancard.

Ca pourrait être n’importe qui d’entre nous.

Les nuages ont recouvert la montagne, il fait nuit.

L’infirmier anesthésiste place les patchs du défibrillateur sur le thorax du patient.

Tonalité qui monte crescendo indiquant que le défibrillateur est armé.

« Tout le monde s’écarte du brancard »

« Choc »

« Choc ! »

Bruit sourd.

Le corps tressaute.

La ligne arrête de trémuler.

Le cœur est reparti.

Mais personne ne se réjouit.

Il faudra attendre pour savoir si le cerveau n’a pas souffert, si tout ceci a servi à quelque chose.



« Salut, il est où monsieur… ? »

« Chambre du fond, secteur…, il est avec ses parents. »

Deux jours plus tard je suis dans le service de réanimation chirurgicale et je m’avance jusqu’à la chambre du patient dévoré par l'avalanche.

Je m’arrête sur le pas de la porte.

Il est là, assis dans son lit de réanimation, extubé, réveillé, plus d’ECMO, ses parents à son chevet.

Vivant.

Je bloque.

Ils me regardent avec circonspection, bonhomme inconnu au bataillon, immobile au pas de la porte, vêtu d’une blouse blanche et pyjama bleu de bloc dénotant avec le reste du personnel qui est habillé d’un pyjama blanc immaculé de réanimation.

Aucun d’entre eux ne le sait mais on se connaît déjà.

Je m’adresse aux parents

« Bonjour, je m’appelle…, je suis l’anesthésiste du déchocage qui s’est occupé de…, je vous ai eu au téléphone »

Ils font oui de la tête pour me montrer qu’ils s’en rappellent, mais leurs regards en disent autrement.

Impossible qu’ils se rappellent de mon nom suite au coup de fil que je leur ai passé deux jours avant.

Pendant que j’expliquais ce qu'il était en train de se passer au téléphone, le père m’hurlait dessus, m’invectivant, me disant que non, ce n’était pas possible, que non ce n’est pas possible, non ce n’est pas possible, NON, NON PUTAIN CE N’EST PAS POSSIBLE, VOUS ME RACONTEZ N’IMPORTE QUOI LA, NON, ARRETEZ, CE N’EST PAS MON FILS, VOUS FAITES ERREUR, C’EST PAS VRAI…

Mais en réalité, on s’en fout qu’ils sachent qui je suis, ce n'est pas important.

Je me tourne vers le patient.

Il a le regard dans le vide.

Il le dirige lentement dans ma direction.

On lui a volé un moment de sa vie.

Il skiait dans de la grosse poudre avec son pote dans un coin qu’ils connaissaient.

Noir.

Il se réveille dans un service de réanimation, un tube dans la gorge, son pote est mort.

Mille pensées, milles images me traversent l’esprit.

Lui il était mort et là il est vivant.

Son pote était vivant et là il est mort.

Je veux lui parler, lui poser des questions sur comment il va, sur comment il se sent, sur ce qu’il s’est passé, il y a deux jours, sur cette montagne.

Mais rien ne sort, la pudeur me rattrape, cette curiosité qui me semble subitement morbide est rapidement étouffée.

Que voulez-vous que je lui dise.

Ils ont joué, ils ont perdu, c’est la montagne, veuillez circuler monsieur.

« Bon bah, heureux de voir que vous allez bien, bonne continuation ! »

Je ne dis rien de plus.

Je me retourne et quitte le pas de la porte.

J’ai la gorge nouée.



Je raccroche le DECT, l’infirmière anesthésiste qui est venue avec moi sur l’héliport de l’hôpital (ou DZ quand vous voulez faire semblant de vous y connaître en aéronautique) me demande:

« Du coup on en sait plus ?»

« Pas vraiment, juste que l’hélico du secours en montagne va se poser dans 10 minutes. Un homme qui a dévissé du côté de …, coma d’emblée et intubé sur place et alors qu’ils étaient en vol ils nous ont demandé un renfort sur la DZ, le SAMU n’a pas su nous dire pourquoi exactement »

« Mais ça craint là où il est tombé ? »

« Non ce n’est pas vraiment exposé, mais la glissade a dû être longue »

« Bon sinon, probablement un renfort intubation, non ? »

« Peut-être »

Assis sur le tarmac je m’allume une clope et je contemple sous le soleil de cette magnifique journée printanière les sommets des quatre massifs qui nous entourent. Il est à peine midi. La neige a du décailler, ça doit être bon pour la descente là.

On est tiré de nos rêveries par le bruit lointain de l’hélicoptère.

Il fait son tour habituel d’approche et il est là.

On s’accroupit et on regarde l’hélicoptère qui s’apprête à se poser à une dizaine de mètres nous.

Deux têtes casquées qui se font face sont visibles à travers le hublot.

Jusque-là rien à signaler, c’est le médecin et le gendarme du secours en montagne, sauf que l’un des casque apparaît et disparaît de manière rythmique.

Avec cette cadence assez typique entre 100 et 120 battements par minute.

Vrombissement infernal et tempête d’air chaud qui se soulève au moment où l’hélico se pose.

Ma collègue me crie dans les oreilles

« IL EST EN ARRÊT »

« OUAIS »

« OK T’Y VAS ET JE TE REJOINS AVEC LE MATOS QUAND LES PALES SONT A L’ARRÊT »

Le mécano me fait signe à travers la verrière de m’approcher.

Je commence à courir en me protégeant les yeux de la poussière.

La porte latérale s’ouvre d’un coup.

Le gendarme saute au sol, le médecin continue à masser un corps dans la barquette.

Je fais signe aux deux qu’il faut mettre la barquette sur le tarmac.

On la prend à trois.

Elle est lourde bordel.

Le gendarme reprend le massage une fois la barquette posée.

Le collègue commence à me faire des transmissions télégraphiques en me hurlant dans les oreilles, les pâles étant toujours en train de tourner.

Bordel et poussière partout.

On n’entend pas grand-chose.

« HOMME, … ANS, A DEVISSE A … HEURES. COMA GLASGOW 4, ANISOCHORIE, PROBABLE TRAUMATISME DU RACHIS CERVICAL, INTUBE, STABLE SUR LE PLAN HEMODYNAMIQUE ET RESPI… »

Je fais oui de la tête pour lui indiquer que j’entends

« EN PLEIN VOL BRADYCARDIE, PLUS D’ETCO2, ASYSTOLIE… ON A COMMENCE LE MASSAGE ET l’ADRENALINE… »

« COMBIEN ? »

« 3 MILLIGRAMMES »

Donc au minimum 12 minutes d’arrêt cardiaque suite à un traumatisme, au pire 18.

C’est vraiment mal barré.

Je me penche sur le patient, je lui soulève les paupières.

Mydriase bilatérale.

Je regarde l’infirmière anesthésiste qui nous a rejoint avec le sac et qui a commencé à vérifier que l’intubation est bien en place.

Je lui fais signe en pointant du doigt mes deux aisselles.

Le badaud lambda n’aurait pas compris pourquoi je faisais signe de me gratter les dessous de bras en une telle situation, mais ma collègue elle, me tend une pochette en plastique.

J’en sors des gants, un bistouri et une pince stériles.

Alors que le gendarme continue à masser, j’incise le thorax sous l’aisselle du côté gauche et je pénètre dans la cavité thoracique gauche.

Rien.

Je passe de l’autre côté, et au moment où la cavité thoracique droite est ouverte, de l’air sous pression mélangée à du sang jailli de l’incision.

Le rugissement du rotor continue d'effacer tous les autres bruits.

On s’échange un regard avec l’infirmière, je pointe avec l’index la seringue d’adrénaline et je le pointe ensuite vers le ciel.

Elle comprend.

Elle pousse 1 milligramme d’adrénaline.

Le médecin du secours en montagne fait le relais avec le gendarme pour continuer le massage. J’écrase la poche de sérum salé pour remplir les vaisseaux du patient de liquide.

Je sais que cette réanimation est futile.

Le tracé reste plat.

L’ETCO2 reste à 0.

Un dernier milligramme est poussé.

Rien.

Le gendarme me regarde en massant.

Je lui fais signe de s’arrêter sans dire un mot.

Silence total autour de nous.

Je n’avais même pas fait gaffe que les pales s’étaient arrêtées.

Le décès est déclaré.

Personne ne dit rien.

Il fait chaud sous ce soleil de printemps.

Je lève la tête et mon regard divague vers ces montagnes aux sommets enneigés qui nous entourent, qui nous toisent.

Elles nous toisent.



Arrivés en haut de la Banane on s’équipe tranquillement.

« Bon bah on dirait qu’on ne va pas sortir au col, comme prévu c’est corniché »

Ce bus de glace qui penche au-dessus de nos têtes serait presque inquiétant si on le prenait vraiment en compte.

« Non mais t’inquiète il est trop tôt en saison pour qu’il ne se passe quoi que ce soit »

Bah oui c’est vrai, ce serait improbable, mais si ce truc s’effondre on nous ramasse à la petite cuillère en fin de saison.

Mais avec Romain on s’inquiète plus de la qualité de la neige.

On sait qu’il faudra faire gaffe, que la neige fraiche cache des plaques de neige sablonneuse cartonnée.

Qu’il faut en garder sous le pied si on ne veut pas commencer à faire du flipper jusqu’en bas.

Derrière mon clavier, je me dis que c’est quand même une belle activité à la con, que la montagne.

Et pourtant on y revient et on s’y frotte.

Quand on y est on sait qu’il faut la craindre sans avoir pour autant peur.

Ce n'est clairement pas l'endroit le plus raide, ni le plus exposé où j'ai pu me trouver, mais je ne fais pas le fier.

Et les skis en travers de la pente, les carres mordant de la neige compacte et rosée, je regarde dans le vide sans penser à tout ce qui pourrait se passer.

Tout ce qui pourrait nous arriver.

Mais on n’est pas là pour ça.

Je fixe un point loin en dessous de moi, impatient de mettre fin à cette attente.

J’enclenche le premier virage.


Commentaires

B
Bart-S, le 02.03.21 20:25

Saisissant et admirable, merci pour le partage au travers de ce récit !

(special trick : la sortie masquée au début c'est pour avoir le temps de tout écrire en plusieurs fois ? ;))

kea, le 03.03.21 09:51

J'aime beaucoup !
(Même si ça m'a évoqué un mauvais souvenir, et j'en ai presque fait des cauchemars 😯 )

E
Etienne-H-, le 03.03.21 16:35

Je passerai le message qu il faut parler moins vite ou moins fort lors des transmissions ;)
Mais il y a des moment où c'est un vrai soulagement d'arriver. On doit certainement décharger aussi de l'émotion en plus des informations.

davidl, le 03.03.21 17:50

Docteur Vertical le retour.
"La montagne c'est comme la formule 1, si le pilote commence à penser qu'il va se casser la gueule, il vaut mieux qu'il arrête tout de suite." JMB

A
alainlo, le 03.03.21 18:13

Merci, superbe.

Den's, le 03.03.21 18:22

Ouaip, merci pour ce récit qui, quoique dur, permet de faire (un peu) prendre conscience de ce que vivent les médecins urgentistes et le personnel hospitalier. Sobre et bien écrit, bravo.

HS : je ne savais pas qu'on utilisait encore le terme de DECT en dehors du microcosme des spécialistes télécom ! 🤣

J
jean heintz, le 03.03.21 18:41

Merci.

J'ai toujours eu beaucoup d'admiration pour le corps médical (un de mes frères est anesthésiste) et je tire mon chapeau une fois de plus.

En fin de saison 2019 (sortie Grand Combin saisie sur skitour) un copain a bien failli y rester ... à 40 ou 50 ans on retient la leçon, à 20 ou 25 ans pas si sûr... Faire son travaiul, croire au karma et ne pas culpabiliser au-delà de ses responsabilités.

Bon courage pour la suite et encore merci

B
bens, le 03.03.21 19:12

Merci de bien nous ouvrir les yeux sur ce qui se passe après quand ça se passe pas bien...
J'ai été pas loin d'être un de vos "clients" potentiels il y a peu donc j'y suis particulièrement sensible.

F
francoisgoyon, le 03.03.21 19:47

Très beau texte effectivement saisissant et qui fait diablement écho à mon vécu en montagne où j'ai par deux fois "senti passer le vent du boulet". On ne peux pas ne pas penser à tout ce qui vient d'être écrit quand on pratique un activité risquée, et qu'en plus ce risque est (j'allais dire "recherché"), on va dire "calculé" pour faire politiquement correct...
Je me pose encore cette question du risque et la réponse n'est toujours pas évidente, même à 66 ans (et des brouettes).
Ce texte fait donc réfléchir, c'est pas si souvent sur skitour. Encore merci !

M
michelb, le 03.03.21 20:42

ya des personnes qui font dans le grandiose comme il respirent;
comme il travaillent aussi, sans doute; simple, humain et à la vérité
cinglante,
quel texte...
ils nous propulsent très loin dans notre complexité...

J
jeanluc, le 03.03.21 22:58

Le récit est beau, il m'interpelle, me parle, et me remémore des souvenirs difficiles aussi...ce côté que l'on n'a pas vécu quand on est la victime...
Bravo pour l'écriture !

P
PierBa, le 03.03.21 23:41

Merci pour vos retours.
J'ai rapidement mis la sortie en masqué car je pensais que le récit n'avait pas sa place ici, et puis finalement, comme des gens sur skitour l'avaient déjà lu, je l'ai remis en visible.
Concernant le parallèle avec Dr Vertical, on peut dire qu'il n'a pas lieu d'être: moi je me cantonne à de la médecine horizontale au sein d'une équipe d'anesthésistes réanimateurs travaillant dans le déchocage d'un trauma center situé quelque part dans les Alpes.
La verticalité, elle, je la garde pour mon temps libre.

J
jpc, le 04.03.21 08:03

Le fond et la forme, l'information et l'émotion… Merci et bravo !

Cette sortie