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Sorties > Mont Blanc > Mont Blanc

Mont Blanc

Massif : Mont Blanc
Départ : Chamonix (Plan de l'Aiguille) (2310 m)

Topo associé : Mont Blanc, Par les Grands Mulets

Sommet associé : Mont Blanc (4810 m)

Orientation : N

Dénivelé : 3555 m.
Ski : 3.1
Exposition : 2

Faune : Afficher les zones sensibles

Sortie du lundi 25 mai 2026

Loup

Conditions nivologiques, accès & météo

Météo/températures : chaud et beau


Conditions d'accès/altitude du parking : Gare téléphérique du plan de l'aiguille

Altitude de chaussage/déchaussage : 2400, après une courte marche pour passer la moraine

Conditions pour le ski : très bien dans l'ensemble, toutes les qualités de neige rencontrées au court de l'itinéraire, vu le dénivelé et le temps passé !

Conditions nivo et activité avalancheuse : des coulées humides dans l'aprem/soirée, mais rien d'inattendu. 

Skiabilité : 🙂 Bonne

Compte rendu

Itinéraire et horaires : 

Dimanche : 
- [9h] gare téléphérique du plan de l'aiguille
- [vers midi] jonction haute 
- [14h] refuge des Grands Mulets

Lundi : 
- [3h40] départ
- plateaux et corridor
- [10h40] sommet du Mont Blanc
- [12h30] retour refuge

Mardi : 
- [7h30] départ (on avait bien mérité la grass'mat)
- jonction basse
- [10h30] retour téléphérique

Décembre 2025, je réserve deux places aux Grands Mulets et signe, pour Mathilde et moi, le début de notre beau projet pour 2026 : l'ascension du Mont Blanc. Entre ce moment et début mai viennent les innombrables questionnements : va-t-on tenir le dénivelé ? Vais-je survivre à l'hypoxie ? Guide ou pas guide ? Plateaux ou arrête Nord ? Jonction basse ou jonction haute ? Et les piolets, on en prend combien ? 
On se prépare pendant tout l'hiver et vivons la plus grande saison de ski de notre vie, jonchée de questions que nous ne nous étions jamais posées. 

Début mai, tout est prêt, programmé et calculé. L'itinéraire est dessiné sur une CSV, l'excitation monte et les affaires sont étalées méthodiquement dans la chambre pendant que nous lisons les comptes rendus alléchants des sorties récentes. Un dernier coup d’œil à la météo, puis vient le désespoir : neige annoncée le lendemain, le surlendemain, le sursurlendemain et le {sur}*10_lendemain. Le génépi succède au désespoir, et le bricolage au ski-alpinisme. A défaut de pouvoir s'évader, autant avoir un joli chez-soi. Quelques câblages électriques plus tard, le soleil revient dans le ciel de Chamonix, et Pentecôte nous offre une seconde chance. Il reste deux petites places au refuge, on dirait que cette fois les planètes s'alignent. 

Vendredi 22 mai, le grand départ vers le berceau de l'alpinisme. Nous observons le Mont Blanc depuis l'église Saint Michel, en se demandant bien comment il est possible d'y faire l'aller-retour en 4h41. C'est dément, et nous sommes bien contents d'avoir quatre jours pour réaliser ce projet, qui pour nous est sacrément intimidant. Nous nous imprégnons des lieux aux côté des statues d'Horace Benedict de Saussure, Jacques Balmat, et du Dr. Paccard en passant par la peinture de Gaston Rébuffat. Tout cela sous l’œil du grand Mont Blanc qui domine implacablement la vallée. Nous autres Provençaux ne sommes pas habitués à tant de hauteur. 

Samedi 23 mai. Nous montons à l'aiguille du midi pour une journée d'acclimatation dans la vallée Blanche et le glacier du Géant. Le col d'Entrèves nous offre un panorama exceptionnel sur les aiguilles Noire et Blanche de Peuterey, dont l'intégrale des arêtes nous permet aisément d'apprécier la voie Normale qui se présentera à nous de l'autre côté. Allez savoir pourquoi, l'ambiance me fait également penser à tester la radio VHF. La touche de déclenchement du relai verrouille les touches, et les touches verrouillées déclenchent le relai, on dirait que la radio fait un MAM. A la limite, mieux vaut elle que nous. Saut qu'en rentrant au refuge des Cosmiques, nous nous apercevons que le PGHM a reçu le signal (mais pas ma voix qui disait "ceci est un test, est-ce que vous me recevez ?") et a prévenu nos amis restés en Provence. Nous rassurons tout le monde sur notre parfait état de santé et celui douteux de la radio. L'anecdote nous aura rappelé l'importance de tester régulièrement le matériel de secours. Et de nous rendre compte de la chance que nous avons d'avoir un service de secours aussi attentif que le PGHM, dont je salue le travail au passage. 

Dimanche 24 mai, après une nuit compliquée pour moi suite à une insolation hypoxique (combinaison parfaite pour s'affranchir du repas et arriver le premier dans le dortoir), nous descendons à la gare du plan de l'Aiguille et commençons enfin l'ASCENSION. Ça y est, nous y sommes. Nous prenons pied (enfin ski) sur le glacier tourmenté des Bossons. Quoique ponctué d'avalanches humides des après-midi précédentes, l'itinéraire est facile et évident. Une voix dans ma tête me dit même si ça se trouve, on va traverser la fameuse jonction sans s'en rendre compte. J'ai vite été rassuré sur l'identification de ladite zone de jonction. Cinq minutes plus tard, nous voilà à chausser les crampons et accueillir une décharge d'adrénaline que la Compagnie de l'Anneau a dû ressentir en traversant le pont de la Moria. Sauf que cette fois ci, il y a un trou au milieu du pont. Pour nous ça passe (nous apprendrons plus tard qu'une personne sans crampons est tombée dans la crevasse dans l'après-midi, sans gravité heureusement). Une fois sur le glacier du Taconnaz, nous rejoignons l'étonnant mais accueillant refuge des Grands Mulets, perché sur son rocher et dont l'accès est à lui tout seul une aventure alpine. Toute la nuit, le glacier gronde et craque, comme pour nous rappeler que la montagne est vivante et que nous sommes chez elle. 

Lundi 25 mai, 3h40. Nous quittons le refuge, accompagnés de la quasi totalité de ces occupants dans une ambiance cordiale et silencieuse qui contraste avec le bruit des couteaux tirés (du sac, ceux pour les skis). Le jour se lève peu à peu et dévoile un paysage magnifique, dominé par l'aiguille du midi. Nous arrivons assez vite au petit et grand plateaux, devant d'immenses séracs auxquels les Alpes du Sud ne nous avaient guère accoutumés. 4000 m, je commence à ressentir le manque d'oxygène et ralentis, tandis que Mathilde file loin devant. Ce n'est pas grave, la semaine dernière aussi j'ai eu un coup de mou, puis j'ai eu un second souffle. Arrivés au pied du mur de la côte, nous chaussons les crampons et je ralentis encore. Une fois en haut du mur, c'est presque fini, et j'aurai mon second souffle. La pente sommitale se présente alors que nous rechaussons les skis. Il arrive quand le second souffle ? Je regarde mon altimètre, qui ne bouge presque pas alors que mon rythme cardiaque, lui, fait un summit push. Je ralentis encore (plus lent que ça, je recule). Je fais une conversion, et reprends mon souffle suite au virage. Je bois, et reprends mon souffle après avoir ingurgité. J'ouvre une barre de céréales, et reprend mon souffle suite à l'ouverture de l'emballage. Bref... au cours des derniers 200 m de dénivelé j'ai dû prendre 2000 inspirations. Mais je suis heureux d'en être là, à vivre les symptômes normaux de l'altitude sans mal de tête. Mathilde, elle, ne doit pas être consciente de l'altitude car elle avance aussi vite qu'en bas...

Et puis enfin, le sommet à 10h40. Denis et Bastien, rencontrés deux jours jours plus tôt, et avec qui nous avons eu le même rythme depuis, sont également là. Nous y sommes, c'est incroyable. Vingt minutes de pur bonheur (au sens alpiniste du terme : très peu d'oxygène, nécessité de porter doudoune et gros gants, camel back gelé, ... mais une sensation exceptionnelle à la vue de tout ce qui nous entoure et qui se trouve plus bas que nous). Des larmes de joie coulent. L'instant est irréel et nous garderons la tête dans les nuages pendant de nombreux jours (étrangement, étant donné leur absence dans le ciel de cette belle journée).

Une heure et demi plus tard, nous atteignons le refuge après une descente euphorique au milieu des séracs et des crevasses (histoire de rester tout de même concentrés) et savourons une sieste bien méritée. Le lendemain, nous descendons en direction de la gare du plan de l'Aiguille, en passant par la jonction basse. Le passage est moins acrobatique mais tout autant crevassé, et nous sommes bien contents de le franchir à la fraîche et après une nuit de repos. Étrangement, je pète la forme. Ha ben le voilà mon second souffle, je l'avais laissé à 2500... 





Horace Benedict de Saussure contemplant le Mont Blanc 
Horace Benedict de Saussure contemplant le Mont Blanc 
Le couloir Gervasutti 
Le couloir Gervasutti 
La jonction haute 
La jonction haute 
Levé du jour sur l'aiguille du Midi 
Levé du jour sur l'aiguille du Midi 
Le corridor 
Le corridor 
Vue du Sommet 
Vue du Sommet 
Le grand plateau 
Le grand plateau 
Montée au Refuge des Grands Mulets
Montée au Refuge des Grands Mulets

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