Sortie du dimanche 24 mai 2026 (Hier)
encelyn
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : Matin : grand beau, température agréable sur les 3 monts, vent de SE fort et froid dès le mur de la côte
Aprèm : très chaud au pied de la face W, petit flux d'air et gros développement des cumulus qui refroidissent carrément, toujours du vent au sommet et très très chaud sous 3000 m
Conditions d'accès/altitude du parking : Aiguille -> tunnel
Altitude de chaussage/déchaussage : 3800 - 1850
Conditions pour le ski : panel complet :
- Arête de l'aiguille : neige dure, commence à décailler tôt en Est/Sud
- Tacul : neige froide tassée à poudreuse, croute par endroit et glace dans les zones raides
- Maudit : bcp de neige dure, un peu de neige froide tassée à poudreuse
- Saudan : premier tiers béton jusque vers 13h30-14h, deuxième tiers moquette parfaite vers 12h30, bas bien décaillé dès 12h30
- Face N Mont Blanc : neige très dure soufflée avec patch de vitre sur le haut puis soit trafolée soit belle poudreuse (si on sort un peu des sentiers battus), croute humidifiée passé 16h du pied de la face jusqu'au petit plateau, en dessous neige très lourde collante
- Jonction : pas glop, presque flippant, passage obligatoire sur des ponts de neige douteux, un petit saut et une traversée au-dessus de trou sans fond
- Plan de l'Aiguille : plus beaucoup de neige, 3 déchaussages. Ski jusque 1850 en bricolant dans les vernes en direction de la Para
Conditions nivo et activité avalancheuse : sluff dans le Saudan, rien dans la remontée de la face Ouest mais vu et entendu des coulées impressionnantes depuis la face Sud de Bionnassay et les couloirs NE de Miage. Coulée de lourde et escargot géant dans les pentes au-dessus des grands mulets
Skiabilité : 😐 Correcte
Compte rendu
Itinéraire suivi : Aiguille du Midi première benne - premier Mont Blanc par les Trois Mont - A/R couloir Saudan - deuxième Mont Blanc - descente FN - retour bucolique jusqu'au tunnel
Horaires : 8h - 18h30
Après presque 7 mois de ski incroyable, il est temps de raccrocher, mais pour ça il faut finir en apothéose.
Le plan est simple sur le papier mais il promet d'être un sacré défi physique et mental : montée au Mont Blanc fissa fissa par la benne (parce que mon lit est plus confortable que celui des refuges), skier le Saudan à vue, remonter les 1000 m de face sans se prendre la montagne sur la tête et sans exploser complet (parce que faire deux fois le Mont Blanc dans la même journée, ça cause) et enfin profiter en rayant d'une traite les 3500 m de descente par la face Nord.
Initialement prévu Samedi je monte à Cham, au parking j'ouvre le coffre de la voiture, pas de chaussures ... bon tant pis, va pour demain !
Dans la benne, j'entends que Guillaume a le même objectif que moi.
Montée avec un super rythme au Mont Blanc (ça déroule bien par les trois Monts actuellement) avec Guillaume en lièvre, toujours 100 à 200 m devant que je n'arrive pas à boucher. Je le rattrape au Maudit et lui fais part de mon plan, nous unirons nos forces pour la journée (du moins la moitié).
Premier sommet vers 11h30, toujours aussi grandiose mais le vent nous hâte à la descente.
Un peu de ski le long de l'arête des Bosses puis on plonge dans le couloir Saudan encore béton armé à cette heure. Le paysage est grandiose, le plat du glacier en bas parait vraiment loin. Plus on descend, plus la neige devient douce et plus les sourires sur nos visages s'ouvrent. Au sortir du couloir, la neige est parfaitement décaillée et les courbes s'agrandissent. Pour sortir de la face, nous suivons nos prédécesseurs de la veille et par un grand pif paf, avec un peu de dry, en passant sous le feu du sérac, on s'extirpe de la face en évitant le rappel du petit goulet du bas. Suite et fin de la descente dans une joie mutuelle et une neige parfaitement revenue.
Au pied à 13h15, Guillaume rejoint le bivouac pour décoller en parapente et moi j'attaque la remontée des 1000 m de face. Il fait chaud, le stress de se prendre la montagne sur la tête est bien présent MAIS un petit flux d'air et les cumulus me plongent vite dans le brouillard et même le froid. Résultat, pas vu une pierre tombée, au plus 3 boules de neige inoffensives.
La remontée est éreintante et monotone au max : 2h45, un paquet de bonbons et 3 albums complets plus tard, je sors sur l'arête des Bosses, titubant complet.
Je suis complètement seul lorsque je foule pour la deuxième fois le sommet du Mont Blanc, cela fait une sensation particulière. L'heure "avancée", le vent toujours présent et la vue bien obstruée par les cumulus me poussent vite au retour. Les jambes sont toujours présentes et quel plaisir de s'offrir de bons virages de poudreuse dans ce cadre austère mais grandiose. Le retour est long et fastidieux dans la neige lourde sur le bas et avec les déchaussages au plan de l'Aiguille. Même si le portage jusqu'au tunnel est désagréable pour le corps, le tout dans une chaleur atroce, le sentiment de satisfaction est énorme et pousse à tout.
Une sortie inoubliable pour sûr ! Un grand merci à Guillaume pour le partage, quel beau moment ! Merci aux deux jeunes qui m'ont pris en stop, sûrement que je faisais peine à voir à 18h au bord de la route, chargée comme une mule ! Merci le ski ! Bon été skitour à l'année prochaine peut-être plus assidue (je ne promets rien).