Itinéraire suivi : idem topo, but au niveau de ressaut pour accéder a la Réchasse.
Horaires : 5h30-15h
Pour ce week-end prolongé prévu depuis longtemps, un nouveau personnage fait son apparition : il s'agit du cousin Loïc. Il a bravé les annonces de mauvais temps, les bulletins gris, pour venir voir ce que la Vanoise a dans le ventre. Et il a bien fait car finalement les jours sont radieux!
Apres avoir passé une journée en famille vers Pralognan à aborder 800 tonnes de sujets différents, au moins, il est temps avec Lulu et Loic d'aller se frotter à la pointe de la Réchassse. Une course à la journée, annoncée faciiiile! Ce mot circule autour de la table comme une plaisanterie. Dehors, la montagne l’emploie moins souvent, il est vrai.
Le réveil sonne à 4 h 30.
La maison est encore dans une nuit épaisse. La cuisine sent le café, le froid, le sommeil coupé net. Les seules voix sont celles des cuillères qui touchent les bols, petit tintement de métal clair dans l’obscurité. Chacun boit en silence, concentré. Faut pas réveiller les autres.
A 5h30 on est sur le parking, les skis sur le sac et c'est parti pour le portage de fin de saison! Dans les CR précédents, j'avais lu que ça skiait jusqu'au télésiège, mais en arrivant au sommet de la remontée, le vallon qui suit est encore vraiment très sec. L’herbe, les pierres et les myrtilliers ont repris du terrain.
Le chemin serpente entre deux murets de pierre. Ce sont des murs anciens, montés pierre à pierre par des mains disparues, pour tenir l’herbe, les bêtes et le vent. Ils donnent à cette montée un air de frontière, de grande muraille d'Hadrien.
La neige s’est rétractée plus haut, comme une marée froide.
Voir la zone de ski se faire rogner encore m’arrache un soupir. C’est autant de virages en moins, autant de montagne qui se transforme en marche.
Loïc, lui, ne voit pas où peut bien résider le problème. Les skis sur son dos ne pèsent pas plus qu’un sac d’avoine : c’est juste de la marche avec un poids, what else?
Coté Lulu, on commence à jouer sur les mots, on fait du ski de randonnée ou de la randonnée avec skis, déjà?
Je sens que pour elle ça ne va pas rester drôle bien longtemps cette histoire.
Heureusement, un vallon rempli de neige de névé accueillante se profile bientôt devant nos yeux, et le portage s'achève enfin.
La bonne nouvelle c'est que le refuge n'est plus bien loin à présent!
Sur les coups de 8h30, on lui passe devant, en découvrant en face la barre plate de la Réchasse qui nous surplombe encore pour l'instant. Plus haut, une cordée grimpe déjà dans sa direction, des ombres minuscules qui entaillent le blanc. On prend leur suite en rentrant dans leurs traces.
La montée se déroule dans un grand calme.
Le sac paraît léger. Le vent ne parle pas. La neige porte avec un crissement à chaque pas. Le rythme des conversions s’installe, régulier, hypnotique. Le corps se cale dessus, la tête se vide peu à peu.
Le monde se réduit à trois choses : la pente, le souffle, la trace.
Petite pause pour manger un coup.
Lulu enlève son casque pour libérer sa longue chevelure, comme si la journée était déjà gagnée.
Une seconde plus tard, le casque bouge sur la neige.
On le voit glisser lentement, puis plus vite. Il prend de la vitesse, franchit la rupture de pente et disparaît en aval. Au loin, il me semble le distinguer, au pied de ce qu'on vient de monter.
Chic, chic, chic, dirait Obélix, un rab de descente!
Je laisse donc mes deux acolytes attaquer la suite pendant que je teste la qualité de la descente, une moquette à poils trop courts au vu de l'horaire matinal. Il faudrait attendre encore un peu que ça décaille. Après repérage du casque gris dans l'immensité blanche, faut remonter au pas de course.
Ah ça réveille tout d'un coup!
Notre petit groupe se reforme au moment de la décision cruciale : par quel bout prendre cette Réchasse?
"Le contournement par le Sud?" -- Mouais, pas mal !
"La poursuite de la remontée des glaciers de la Vanoise?"
-- Classique...
"Ah oui je sais! La remontée par le Nord comme indiqué dans le topo!"
-- C'est une bonne idée, ça, Maitre?
"Ca va être du gâteau, suivez moi!"
Nous voilà donc à tracer dans une poudre récente qui a eu le temps de crouter sur une bonne épaisseur. Quelques conversions dans le pentu et nous voilà au pied du dit ressaut, très facile selon une source sûre. Crampons, piolet et me voilà à l'assaut du rocher pour trouver de quoi faire un relai si besoin.
Encore faut-il passer ce foutu pas. La neige, c'est du full sucre. Et il y a comme une rimaye qui gène la progression.
Bon, de ce coté ci, ça ne passe pas.
Ca ne va pas du tout, Virginie... Et quand on branche le cerveau ça donne quoi?
Essayons autre part, tiens, il y a de la glace ici par exemple. La glace ne tient pas, zut.
Un troisième essai plus loin, et je suis toujours bredouille, ou plutôt broucouille comme on dit dans le Bouchonnois.
Plus le temps de retourner contourner la barre par le Sud, bon, ici sera donc notre sommet!
J'ai un peu les yeux qui brulions et la gorge qui grattions comme dirait l'autre, ça me chagrine cet échec. Mais les copains sont contents, la vue est magnifique sur la grande Casse et, tiens, tiens, le Grand Paradis, pardi!
On n’est pas au sommet qu’on visait, mais on est plantés en plein cœur de quelque chose de plus grand que nous et c'est bien beau...
Petit picnic à 12h pour attendre que la première pente se réchauffe encore un peu plus, rechaussage des skis et tout le monde est dans les starting blocs, prêts pour la descente!
J'ai l'honneur d'ouvrir le bal avec une croutasse bien lourde qui prend les skis. Quelques virages plus loin je m'arrête : je me dois de les prévenir quand même. Je lance donc à la cantonade un petit :
"Ca va pas être facile!"
Un skieur averti en vaut deux, voilà, ben c'est tout ce que je peux faire.
Les mots pour décrire les premiers virages de mes comparses? Oh je dirais avant tout, la sérénité, oui, je crois que c'est le mot!
Par chance, la suite nous réserve une moquette de compétition dans un itinéraire fort peu tracé : c’est le cadeau des plans merdiques : ils vous font atterrir dans des coins que la foule évite...
La qualité de la descente remet du baume au cœur avant le plat pour rejoindre le refuge puis enfin nos baskets en contrebas.
Sur le chemin, deux marmottes en sont venues aux mains. La querelle prend de l'ampleur et les deux protagonistes livrent un combat acharné pour le titre du Roi de la Réchasse.
Un peu de marche couplée à du ski de fond.
On laisse glisser ensuite dans le vallon jusqu'à la terre ferme, promesse d'une longue descente sur les quadriceps.
Fidèle à la tradition, je propose de chercher la plus longue langue de neige pour ne chausser qu'au dernier moment. Faire les sangliers dans les myrtilles, très peu pour Lulu qui quitte le navire et entreprend une descente à pieds. On reste deux explorateurs à la recherche de la langue de neige perdue, cherchant le ruban qui dure un peu plus que les autres, celui qui nous donnera encore quelques virages. On finit par le trouver et le suivre jusqu’au bout, jusqu’au dernier mètre blanc.
Ces derniers virages ont un goût particulier.
Ce sont les derniers de la journée, peut‑être de la saison?
Noooooon, ne dramatisons pas quand même!
Sur le névé, une marmotte se prélasse. A l'instant ou je la voie, un éclair enfantin s'empare de moi, cap sur la cible pour le plus beau des virages carte postale!
Loïc me rejoint peu après, un peu surpris :
"T'éclabousses les marmottes, toi?"
Eh oui, l'occasion était trop belle, impossible de la laisser passer!
De retour sur le chemin, à peine le temps de changer de chaussures que Lulu est déjà là, comme quoi c'était pas plus rapide par les myrtilles, mais c'était assurément plus rigolo!
On discute avec d'autres skieurs, tous de retour de la Grande Casse : la pointe de la Réchasse? Connait pas!
Redescente droit dans la piste rouge devenue verte, avec le poids de la journée sur les épaules.
Retour 15h à la voiture, le timing parfait pour une petite sieste!