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Sorties > Ecrins > Ailefroide ou la ruée vers l'or blanc

Ailefroide ou la ruée vers l'or blanc ⭐

Massif : Ecrins
Départ : Ailefroide (1522 m)

Topo associé : Ailefroide Orientale, versant Sud

Sommet associé : Ailefroide Orientale (3847 m)

Orientation : S

Dénivelé : 2600 m.
Ski : 4.1
Exposition : 3

Faune : Afficher les zones sensibles

Sortie du dimanche 26 avril 2026 (Il y a 2 jours)

N∇BL∇

Conditions nivologiques, accès & météo

Météo/températures : beau temps, iso 0° 3200m
Conditions d'accès/altitude du parking : 
Altitude de chaussage/déchaussage : 
Conditions pour le ski : neige de printemps, et de névé dans le vallon sous l'Ouro

Conditions nivo et activité avalancheuse : 

BERA du jour : risque 2, neige de printemps, il est noté que les pentes d'un large secteur nord comportent un risque de sollicitation de la couche fragile enfouie avec le réchauffement.

Skiabilité : 😐 Correcte

Compte rendu

Itinéraire suivi : AIlefroide Orientale et nuit au Sélé


Samedi, 4 h 30.

La ville dort encore, figée dans la demie pénombre sans rêve des lampadaires. Sur le tapis, au milieu du salon, le faisceau blafard d’un projecteur de chantier éclaire le fouillis des affaires de ski comme le ferait la pleine lune. C'est toujours la pleine lune chez moi, la nuit. Pas besoin d'allumer la lumière.
Le petit déjeuner est avalé (trop) vite tandis que la brume qui me ralenti l'esprit ne se dissipe toujours pas. L’air tiède du matin ne fouette pas le sang, tout juste s'il caresse mollement la peau : ça ne réveille rien du tout. Il me reste alors la route et la farandole des lumières qui glisse sur le parebrise pour achever de tout brancher comme il faut la bas dedans.
Une halte pour égayer l'habitacle en passant prendre le copain. Quand nos regards se croisent, les sourcils se lèvent d’un même mouvement, comme pour contester l’heure qui s’affiche sur le tableau de bord. 
C'est parti! 
L’aube grimpe doucement derrière les crêtes à mesure que s'égrènent les virages et les sujets de conversation. La montée au col du Lautaret, la redescente vers Briançon. J'aime bien cette route, de bon matin, sans personne. Un jour je jure que j'arriverai à la faire sans rouler sur une plaque d'égout de tout le trajet. 
Encore raté pour cette fois. 
Le jour est bien levé quand on se gare enfin à Ailefroide, destination du week‑end.

"Ben voilà, Ailefroide, c'est fait, alors!"

Je savais pas que c'était aussi simple d'y aller, qu'est ce que les gens ont avec cet endroit?
Ah, on me souffle à l'oreillette qu'il y a un autre Ailefroide dans le coin. 
Un peu plus haut, un peu plus blanc. 
Ah, ouf, je respire. Celui-là, il faut le mériter on dirait...
C'est la première fois cette année qu'on part les baskets aux pieds, harnachés avec le poids du monde sur les épaules. Etrangement, cette sensation nous arrache un sourire. C'est la promesse d'une aventure qu'il faut aller chercher loin, la signature d'une lutte engagée dans une course perdue d'avance contre l'été. Autour de nous, la forêt déborde de sève et de couleur. 
Mais nous avons choisi notre camp. 
Nous sommes des chercheurs de Blanc, sillonnant les massifs assaillis par une insupportable diversité de couleur, à la recherche de la plus pure d'entre elles. Celle qui les unifie toutes d'une réflexion immaculée, qui les renvoie au ciel dans un reflet sans préjugé. 
Pour atteindre notre or pâle, il faut remonter le vallon du Sélé, labouré par les coulées de l’hiver. La neige de névé est sale, brunie, piquée de branches, de paille, de morceaux de rocher tranchants. 
Le moment est enfin venu de mettre les peaux sur les skis et de quitter les baskets, mais chaque pas se fait hésitant devant l’agressivité du sol, comme si ce champ de neige blessée cherchait encore à se défendre. 
Une ombre glisse soudain au-dessus de nous, silencieuse. Un gypaète rase le vallon, large et lourd, à la recherche de pitance. Il tourne avec une majesté légèrement menaçante. Sylvain m'explique que son plumage rouge au niveau du ventre est du aux rochers ferreux avec lesquels il aime se barbouiller. 
Je ne savais pas quoi faire de cette information, à  présent, c’est votre fardeau également!
Peu à peu, le névé s’éclaircit. La barre de l’Ouro se détache déjà au-dessus de nous. Une grande traversée balafre largement ces pentes nord. D’autres chercheurs d’or blanc sont passés avant, laissant une trace qui rend le passage plus commode, mais aussi plus fataliste : nous ne sommes pas les premiers, et nous ne serons pas les derniers.
Par prudence, nous chaussons les couteaux. Ici, glisser signifie basculer vers les barres.

"Mettre les couteaux pour de la soupe, c'est pas intuitif!"

Peu après, le refuge d'hiver du Sélé se détache sur la neige parsemée de rochers. Il me fait penser à la maison de Charlot dans la ruée vers l'or. Une barraque en bois avec une seule pièce, une rangée de lits d'un côté et une table fatiguée de l'autre. 
Le soleil est au zénith, la chaleur rend la progression difficile, il est temps de se poser. 
6 personnes occupent déjà les lieux. Nous qui pensions nous éloigner du monde agité des Grands Mulets du week-end dernier, c’est mal engagé. L’après‑midi s’étire dans une torpeur douce. La journée n’a pas été trop dure, mais la fatigue s’installe tout de même.
 Le soir venu, il est l'heure du repas et Sylvain avait apporté du lourd. De quoi montrer au gardien des Grands Mulets que, les saucisses, il en faut un nombre entier (et de préférence pair) par personne! 
Le festin est à la hauteur de notre appétit, ça, c'est sur!
Le refuge est plein désormais, 20 personnes. L’ambiance tourbillonne un moment, puis retombe. Vers 21 h, comme par miracle, les voix s’éteignent. Il ne reste plus que le froissement des duvets, le souffle régulier de ceux qui glissent déjà dans le sommeil, et, parfois, le bruit sec d’une page tournée par ceux qui prennent aussi le soin de nourrir leur âme. 
Ce n'est clairement pas mon cas. 
Mon cas est celui d'un tête en l'air ayant oublié ses boules quies. 
Oups.
Ainsi, d'après mes estimations, 9 personnes sont sorti pisser cette nuit là, dont un avec la grâce d'un poids lourd conduit par un chauffard polonais ivre mort. A partir de la 6ième personne, la porte ne faisait plus de bruit, quelqu'un l'a donc laissée grande ouverte...
Un génie, sans nul doute...
L'air froid qui s'immisce sous les couvertures explique sans mal le réveil un peu frisquet à 5h du matin. 

Dimanche, 5 h.

On fait chauffer un peu d’eau, on engloutit le carrot cake, et nous voilà déjà à glisser en légère descente vers le fond du vallon. Il faut remonter ensuite par l'itinéraire hivernal de l’Ailefroide orientale. La moraine perce sous la neige. Il ne reste qu’une langue à peu près praticable, que nous décidons de remonter à ski pour retarder le moment de chausser les crampons. Nos compagnons de refuge, eux, rangent les skis sur le sac. Certains ne les remettront qu’au sommet. 
La montée se fait au rythme qui est le mien ce jour là, un rythme de papyderme, un mix entre un papy et un pachyderme. 
Physiquement c'est lamentable et mentalement j'y suis pas non plus, la nuit n'aidant pas, sans doute. Mais bon, il est vrai qu'on n'est pas pressés car le soleil arrivera tardivement sur les pentes d'Ailefroide : elle porte son nom pour une raison! Une fois arrivés en haut, il faudra encore attendre que ça décaille. Du coup, c'est Sylvain qui se caille à la montée au vu du rythme de son comparse à la traine. 
Une traversée dans les barres nous mène sur les pentes d'un glacier suspendu. C'était sensé pouvoir comporter quelques difficultés, mais les conditions sont bonnes donc ça passe même en ski. 
Facile.
La suite, c’est une longue remontée sur le glacier, puis sur la pente qui mène à la large arête finale. Le sommet est déjà en vue vers 11 h. 
Trop facile. Littéralement. 
On aurait presque aimé se compliquer un peu plus la tâche, ne serait-ce que pour justifier les deux piolets qui pendent au sac. 
D'en haut, la vue plonge sur la face sud de la Barre des Ecrins : un monstre de hauteur, massif, mais qui manque de grâce comparé à sa face nord, plus pure. La brèche Lory se dessine pile entre le Dôme et la Barre. Un sacré morceau que cette brèche...
Au sud de notre position, les Bans offrent un profil imposant, véritable muraille crénelée posée sur son glacier crevassé. 
Sylvain note, amusé, que son téléphone prétende capter de la 5G en cet endroit reculé.
Le mec s'étonne et en même temps il a fait toutes ses doses de vaccin il y a 5 ans, à un moment donné, faut se poser les bonnes questions, moi je dis...
Le picnic est avalé tranquillement, en attendant que l'heure tourne. 
A 12h, le comité juge qu'il ne faut pas non plus trop attendre, il est temps de passer au plat principal! 
L’arête suspendue promettait une belle ambiance dans mon imagination, mais elle ne m'a pas beaucoup impressionné. Par contre c'est sympa de plonger plein ouest en direction du glacier sur une neige revenue bien qu'encore un peu gelée. Une alternance de neige de printemps, border dynamique et coups de frein inopinés dans la soupe nous mène au vallon. De bons virages restent à aller chercher sur les pentes nord de la barre de l'Ouro. Les meilleurs, dira Sylvain en arrivant en bas.
Une belle descente au global, qui déborde en un sourire éclatant sous le buff.
Nous arrivons ensuite à l'infame névé coupant qui terrorise celui qui tient à ses skis pour une saison de plus. On déchausse alors pour poursuivre à pied la descente du névé.

"En été, ça doit ressembler à une descente de rêve", dis-je avec une pointe d’ironie.
"Oui, et pour une fois, on a les chaussures parfaites pour, répondit le copain saisissant la perche tendue. Autant en profiter! "

Quelques traversées plus tard, on s'échoue sur le gros caillou qui cache nos baskets. 
Le retour sous la chappe de plomb d'un soleil de juillet pèse un peu sur les épaules. 
Rien qu'un peu : on a quand même su faire revivre l'hiver avec brio le temps d'un week-end!



Commentaires

P
PYF05, le 27.04.26 21:35

Beau récit, sensations partagées dès qu'on s'aventure dans ce massif, fin mai encore plus sauvage, mais plus de portage...

T
taramont, le 27.04.26 23:07

une aventure aussi belle qu'une nuit étoilée (ph 4) et une aurore sublimée (ph 7) - merci

R
Rémo Barbaruli, le 28.04.26 00:15

Très plaisant à lire, merci !

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