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Sorties > Mont Blanc > Mont Blanc voie (a)normale

Mont Blanc voie (a)normale ⭐⭐⭐

Massif : Mont Blanc
Départ : Chamonix (Plan de l'Aiguille) (2310 m)

Topo associé : Mont Blanc, Par les Grands Mulets

Sommet associé : Mont Blanc (4810 m)

Orientation : N

Dénivelé : 3100 m.
Ski : 4.1
Exposition : 2

Faune : Afficher les zones sensibles

Sortie du samedi 18 avril 2026

N∇BL∇

Conditions nivologiques, accès & météo

Météo/températures : beau, 40km/h de vent a 4000m, iso 0° à 3300m
Conditions d'accès/altitude du parking : 
Altitude de chaussage/déchaussage : telecabine
Conditions pour le ski : neige de printemps en bas, face nord en poudre :)

Conditions nivo et activité avalancheuse : BERA 1-2 , coulées humides, potentielles avalanches de fond, au dessus de 4000m des plaques en tous versants dans la neige ventée.

Skiabilité : 🙂 Bonne

Compte rendu

Itinéraire suivi : Jonction du bas (mais trop haut) > refuge > plateaux > Vallot > Aretes des bosses > descente face nord
Horaires : 4h30 pour aller a Vallot depuis le refuge, 2h30 arete des bosses.

Jeudi :
Ca y est, on garde le créneau, c'est du concret à présent, demain on s'en va pour le Mont Blanc!
 C'est presque une évidence pour le copain, il faut le faire au moins une fois, c'est sur! Pour ma part, ma réactance est trop forte : si je vois un truc que tout le monde veut faire, j'ai pas envie d'y aller, c'est comme ça. 
Pour rajouter un peu d'objectivité dans mon raisonnement, j'ai posé la même question à diverses personnes qualifiées pour y répondre : 
" Peut on faire le Mont Blanc pour de bonnes raisons?"
La réponse a toujours été : "Oui, évidemment!"
Ok, on va y aller alors.
A deux conditions.
Un : on doit le faire sans guide, pour valider d'être vraiment capable de le faire.
Deux : On y va à ski, pour descendre la face Nord. Si je monte à 4800m d'altitude, je vais pas me farcir en plus la descente à pieds. No way.

Je savais que j'aurais du rajouter d'autres conditions, elles ont été trop vite acceptées, il y avait de la marge pour négocier plus. Genre un petit "et c'est toi qui porte la corde!" . 
Ca serait passé nickel.
Toujours est-il que ça y est, nous voilà peu ou prou acclimatés, et demain on s'en va dormir aux Grands Mulets avec un tas d'autres gens qui auront eu la même idée que nous...
J'espère qu'on conservera la possibilité mentale de faire demi-tour si besoin...
J'avoue que je suis un peu impressionné par le nom et l'aura, j'imagine que demain et après demain sur l'autoroute de la gloire, encadrés de près par d'autres cordées, je me dirai que je me suis inquiété pour rien...
On verra...

Vendredi : 
La place dans la benne est sécurisée à 10h30, on monte donc sur un timing pas très matinal depuis le plan de l'aiguille. Il y a un peu de monde, on n'est pas tout seul. Arrivés au lieu dit de la Jonction (la jonction entre deux glaciers donc c'est chahuté) on suit la trace la plus évidente, persuadés d'être sur le bon chemin. En fait non, la jonction "basse" est encore plus bas et se repère grâce à des jalons violets. Elle consiste en un border très tracé qui chemine tranquillement dans un chaos glaciaire total. Mais tout est tellement parcouru qu'il y règne une sensation de sécurité assez prenante, comme si c'était une variante simplement ludique.
On croise des cordées qui redescendent, le sourire aux lèvres : la face nord est en poudre, la descente est parfaite! Voilà de quoi nous enchanter et nous donner la motivation de monter sous un soleil de plomb jusqu'au  refuge des Grands Mulets. 
La neige commence à botter sévère et j'ai très faim... 
Mauvais combo. 
La montée s'éternise alors qu'on dépasse des cordées guidées plutot lentes tandis que grossissent à vue d'œil dans le rétro des locaux plutot très rapides. On retrouve ce même paradigme au refuge avec des novices pimpants dans leurs habits neufs et leur rire respirant la confiance en soi, à coté de personnages qui en jettent moins à premier abord mais dont l'attirail respire l'expérience et qui bouffent du dénivelé au petit déj. 
Il y en a qui viennent ici pour le rêve d'une vie, pour partager cela avec leur enfants devenus grands, pour occuper un samedi d'avril à la météo radieuse, pour booster un compte insta, ou pour voir ce qui se passe : What is Mont Blanc?
Dans la salle commune, ça parle fort, une vraie effervescence se ressent déjà alors que le refuge se remplit doucement.
Arrivés relativement tôt, c'est pour nous l'heure de la sieste pour tenter d'anticiper sur la courte nuit. Mais ici, le chuchotement n'a pas sa place, rien n'y fait.
Aller c'est bon, je t'ai vu , entendu surtout, tu vas faire le Mont Blanc, t'es un champion et maintenant laisse moi tenter de t'oublier 20 minutes, stp...
Le soir, le gardien nous demande ce qu'on a prévu de faire : Arête Nord ou Plateaux?

-- On pensait passer par l'arête nord.
-- Toutes les cordées qui l'ont tenté se sont arrêté à l'abri Vallot.
-- Ah bon, ben les plateaux alors.

Dans notre tête, c'était les plateaux, puis abri Vallot et arête des bosses, la voie normale par les grand mulets, quoi! Mais en discutant à table, on se rend compte que tout le monde fait les Corridors, en tournant main gauche en sortant des plateaux. Lorsqu'on demande au gardien et, oui, en effet, vraiment pas grand monde fait l'arête des Bosses, c'est plus long, et partiellement en glace ces temps ci. Bref c'est chiant.
Sylvain tente de m'amadouer pour passer par les Corridors comme ça on est sur qu'on arrive au sommet pour faire la face nord. 

-- Mais on était monté pour en découdre avec l'arête! C'est dur de choisir l'option de facilité...
-- Alors non, t'as pas le droit de dire ça. Je te rappelle que t'es passé en une journée de "Le Mont Blanc ca me fait un peu peur quand même" à "On va pas choisir la facilité"!
-- Oui mais voilà, on perd toute la saveur de se promener sur cette arête, et tu m'as dit de ramener deux piolets techniques, ils sont sur le sac, va falloir les utiliser maintenant...

C'est moi qui doit convaincre Sylvain de faire une arête. 
Trop facile. 
Bon, donc on ira à l'abri Vallot demain pour voir ce qu'il en retourne. Même si ça veut dire qu'on hypothèque la descente en face nord en cas de demi-tour. 
Pas grave, on remontera par les Corridors dans ce cas. 
Le copain doute fortement du plan, mais si je dois le convaincre demain de faire du dénivelé, ça sera tout autant facile que pour l'arête, je me fais pas de soucis.
C'est pas gagné cette histoire quand même...

Samedi : 
Petit déj fixé à 3h pour tout le refuge. Le réveil est dur car un tousseur sans raison médicale valable s'est occupé de l'ambiance. 
Au moins il n'y a pas eu de ronfleur, car pour que le ronfleur ronfle, il faut qu'il puisse dormir, héhé, malin!
Tout le monde est plutot efficace et avec notre départ à 3h30 on est tout juste dans le peloton de tête qui précède la longue procession de loupiotes vacillantes dans la nuit sans lune. 
Il faut gérer un tas de trucs en même temps. La trace, pour s'assurer qu'elle n'aille pas se perdre sous les séracs, l'Allemand de derrière avec ses skis verts qui talonne fort car il se croit sur une portion d'Autobahn, les couteaux à mettre pas trop tardivement mais pas trop en avance non plus pour ne pas se fatiguer, la zone remplie de boulettes de glace sous un sérac fort peu aimable, les crevasses qui s'étendent sous les pieds, encore endormies dans la pénombre environnante. 
Et surtout, ouais, y a du monde quoi. 
Juste après les plateaux, allez hop, tchao tout le monde, on monte à l'abri Vallot avec une autre cordée de deux. Le vent jusqu'ici inexistant nous cueille au col vers 4100m. C'est dans une ambiance glaciale que l'on monte à l'abri vers 7h30, chacun se faisant violence avec la promesse d'un refuge tout chaud, une tasse de thé, des canapés, un verre de Martini, que sais je... 
L'abri est un cube métallique avec quelques couvertures suspendues au fond de la pièce. Je devais avoir bien froid car ça m'a paru être la plus belle pièce que j'ai jamais vue. 
Sylvain a l'air mal en point, il s'enroule dans deux couvertures et frissonne en subissant le retour sanguin dans ses doigts. La scène me fait penser aux 8 Salopards, quand le cochet O.B rentre dans l'auberge après avoir eu grand froid et se jette sur les couvertures. Aussi, je ne peux m'empêcher d'ajouter:

"Are you okay, O.B ?"

Les deux autres collègues sont dans le même état, voire pire pour l'un deux qui se plaint du mal des montagnes. Toute notre silencieuse troupe s'enroule dans les couvertures et cherche à récupérer un peu de chaleur, en attendant que le soleil vienne réchauffer l'atmosphère. On en profite pour manger, boire. 
Le copain sort le sandwich de midi : quelle bonne idée! A 8h30 nous voilà en train de vider les réserves de pain et de fromage. 
Pour réchauffer les cœurs en vue de la suite qui nous attend. 
De mon coté, les pieds vont pas très bien, faut qu'on bouge. On planifie un départ à 9h, pour aller jeter un œil à l'arête des Bosses. A cet instant, un guide arrive dans l'abri avec son client, ils ont l'air tout frais, et pour cause, ils viennent de se faire déposer par hélicoptère. 
Ah oui, on n'a pas la même vie on dirait... 
Nous voila donc partis dans le vent, mais cette fois on a la doudoune et le soleil avec nous. Ca rend les choses nettement plus supportables. 
Je me rends soudainement compte en écrivant ces lignes que c'est le copain qui a ouvert toute la montée jusqu'au sommet, solide le bonhomme! Il faut dire que les arêtes en neige dure/glace, c'est pas forcément là ou je brille le plus au naturel... 
L'ambiance est particulière, nous sommes plus haut que nous l'avons jamais été, complètement seuls (nul signe de nos compagnons de Vallot ou du guide aéroporté. Il aurait du se faire poser au sommet, ça aurait été plus simple moi je dis...) sur une arête ventée qui alterne entre passages impressionnants, faciles, ou franchement exposés. Mais la progression est constante, les deux piolets sont des atouts précieux, chaque pas est consciencieux. 
A gauche, vue plongeante sur la face nord du mont blanc, notre future descente qui se joue des séracs qui l'encadrent. A droite, un panorama d'innombrables sommets, tout petits vue d'ici mais tout blancs, ce qui traduit une certaine altitude tout de même. Par rapport aux sommets qu'on a pu connaitre jusqu'ici, c'est la démesure qui surprend! 
Démesure de cette face nord, à la limite de l'absurde. Démesure de notre petite entreprise solitaire qui se porte pourtant à merveille depuis que le vent s'est calmé.
Dites, est-ce normal d'être seuls sur la voie normale? Hihi, c'est un beau cadeau!
 Et puis l'arête s'aplatit. Une succession de faux sommets et on sent qu'on arrive bientôt. Le rythme est lent, apaisé. Il fait chaud à présent, pas un souffle de vent. La tension retombe, une euphorie grandit dans les esprits fatigués. 
Il est temps de profiter de la vue qui surplombe tous les environs.
 La, la, ça vaut une accolade, pas juste un check du poing! Aller, ca en vaut même deux! 
Les larmes me viennent aux yeux. On est sur ce truc gigantesque qui nous écrasait de sa stature ce matin même! 
Tout est démesuré ici, je l'ai déjà dit, alors pourquoi pas les émotions ressenties... Avoir fait cette arête seuls au monde, c'est ce qui décuple la joie du sommet. 
Pressés entre deux cordées, le rendu aurait été différent, pas sur que l'euphorie eu été au rendez vous. C'est sur que non, en fait. 
A 50m devant nous se trouve Mont Blanc Plage, sans doute le lieu exact du sommet? 
Je sais pas
On n'y passera pas, préférant le calme qui règne à la fin de "notre" arête. 
Y a du réseau, chacun fait le tour de ses proches pour partager le moment, comme pour dire : 
Regardez, je suis un peu chiant avec mes "je peux pas, j'ai ski" , mais voilà à quoi ça mène, des fois!
Et puis, bon, il est passé midi, ca fait bientôt une heure qu'on lézarde au sommet en pleine euphorie, il faut songer à la faire cette descente.
J'aimerai bien passer devant pour l'ouvrir cette descente, elle m'attire cette face nord! 
Alors oui il y a déjà des traces, mais il y a toujours quelque chose en plus quand personne ne vient orienter le champ de vision et proposer un itinéraire tout fait. 
Et voilà le copain qui me demande si ca ne me dérangerait pas si je pouvais, comment dire, passer devant pour la descente, mais on peut en discuter, hein...
Un grand sourire lui répond. 
Moi je dis que la vie est bien faite, non?
La descente, c'est une piste noire un peu pentue, en poudre, parfaite, mais ou il est souvent préférable de rester dans les traces au vu de ce qu'il y a sur les bords. Un comble quand on y pense! 
A coté, des crevasses immenses et des séracs aussi grands que des immeubles.
 Voilà pour le tableau. 
Et des virages gauches, puis droits, qui s'enchainent dans cette neige si facile. 
Arrivés en bas, c'est de nouveau les larmes qui sont le seul moyen d'expression. 
Merde. On a fait ce truc, c'est fou! 
Le reste de la descente se passe comme anesthésiée par la première partie. En soi, c'est très bien , hein, mais ça souffre de la comparaison. De temps en temps, la probabilité de crevasse tend vers 0 et on peut lâcher un peu plus du lest, s'autoriser moins de contrôle. 
C'est bien aussi, je trouve. 
Vient ensuite le moment de retraverser la Jonction, par sa partie basse cette fois, mais les ponts de neige nous ont parus bien fins, surtout à parcourir dans l'après midi. 
Pour rejoindre le plan de l'aiguille, il faut merdouiller un peu, remettre les peaux, marcher dans du terrain peu stable. 
Mais on s'en fout. 
C'est fait. 
Arrivés à l'aiguille vers 15h30, la journée se termine attablés à la terrasse de l'attrape touriste qui jouxte le téléphérique. 
On a bien mérité de faire les touristes je crois. 
Au menu : deux paninis, une badoit et un sirop à la violette... Et la tarte aux myrtilles de la victoire. 
Parce qu'on sait faire la fête aussi, non mais ^^


Commentaires

Beber, le 19.04.26 14:43

Merci et bravo pour ce super récit de cette belle aventure !
Ça m'a replongé dans notre échec d'il y a deux ans, on était 3 et avions fait demi tour à l'abri Vallot, pas réussi à se refaire la fraise.. cette année sera sans doute meilleure ! 

P
p1p1, le 19.04.26 22:16

Excellent ce récit (comme vos CR en général d'ailleurs !)...😅👌😉

DidierGO, le 19.04.26 23:29

Conditions au top tout comme le récit 😊

T
taramont, le 20.04.26 14:22

Excellent : réalisation optimale et récit complet, sans concession, humour et émotion compris. Merci.

Jeroen, le 20.04.26 20:19

Excellent récit, bravo pour ça.  Souvernir pour ma part aussi de la petite larmette sur les bosses à l’approche du sommet, après 2 jours via miage bionnassay et dodo à Vallot 🤪

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