Météo/températures : Beau temps se voilant le 1er jour, puis éclaircies. Nuit étoilée. Grand beau le 2e jour se voilant dans l'après-midi. Froid juste ce qu'il faut pour le regel nocturne, chaud en vallée (28°C) pour un début avril...
Conditions d'accès/altitude du parking : 1460m, RAS.
Altitude de chaussage/déchaussage : 1850m / 1460m
Conditions pour le ski : uniquement l'approche en ski (pas le couloir), neige dure bon grip pour la montée, moquette poils longs sur fond dur de 3200 à 2500m, puis neige de printemps bien molle mais damée plus bas.
Conditions nivo et activité avalancheuse : BERA 3/5 (1 à 2 toute la semaine, puis remontée à 3 avec le dégel en profondeur). De grosses coulées de neige lourde dans le bas avec la purge des jours chauds (28°C en plaine toute la semaine avant). Ancienne coulée au bas du couloir de la Table. RAS sinon. Ah si, juste le 1er jour, dans une pente à 10/15°, donc quasiment plat, 4 gros "wwhhooouuffff" en 15m.
JOUR 1 : montée au refuge Albert 1er par le "nouveau" chemin d'été (Charamillon puis sous le Bec du Picheu). Traversée vraiment expo, chute interdite, skis sur le dos, alternance de passages secs et neige épaisse molle de printemps. Clairement à éviter tant que ce n'est pas complètement sec.
JOUR 2 : montée classique du Couloir de la Table puis arête, descente par la VN puis le Col supérieur du Tour, puis descente à skis jusqu'en bas, rive droite puis rive gauche.
Horaires :
1er jour :
15H15 Sommet télécabine Charamillon
19H00 Refuge Albert 1er
2e jour :
5H30 Refuge Albert 1er
7H30 Base du couloir de la Table
7H45 Début du couloir
8H30 fin du verrou au milieu
9H15 Début de l'arête sommitale
10H30 Sommet sud de l'Aiguille du Tour (3542m)
Encore une chouette course avec l'ami Cédric ! Après un peu plus d'un an de sorties communes, principalement en cascade de glace, aussi grande voie escalade, notre cordée est bien complémentaire et fonctionne bien !
Ayant déjà fait cette course-couloir il y a 25 ans, je la propose à Cédric qui semble bien emballé par le caractère complet : l'approche le 1er jour, la rando glaciaire, le couloir, le passage de mixte au milieu, puis l'arête sommitale, ainsi que la descente de l'aiguille. Effectivement, une course bien complète dans ce niveau. De mémoire, il y a 25 ans, la course était cotée en PD+, couloir neige uniquement (pas de ressaut mixte à passer).
Pour le 1er jour, travaillant tous deux le matin, nous partons du parking du Tour (39€ pour 25h de stationnement... l'arnaque) à 15H15. Nous avons fait le choix de nous soulager avec le télécabine de Charamillon (18€ / personne pour 400m D+, re-arnaque...), rapidement le temps se couvre ce qui est très bien pour nous éviter de monter sous un gros cagnard. La traversée jusqu'à l'arête sous le Bec du Picheu se passe bien, nous apercevons deux personnes au loin sur l'arête, que nous recroiserons plus tard. J'enlèverai quand même les skis dans la pente juste avant car neige assez dure non décaillée et chute délicate si jamais. Skis sur le dos, nous entamons la traversée délicate de ce premier jour. J'avais dit à Cédric qu'il était probable que le plus plus délicat soit ce passage, et effectivement. Les condis oscillent entre chemin sec d'été et gros gros névés de neige lourde et molle (à cette heure avec ces températures). Il y a 2 passages vraiment très expos, chute interdite, et on est contents de ne pas être limites en termes de niveau pour ces passages qui relèvent plus de l'alpi expo que de la rando... C'est ici que nous croiserons et doublerons 2 jeunes anglais, skis horizontaux sur le sac (!), allant faire une goulotte au Chardonnet le lendemain. Ils semblent être très contents de nous voir car très inquiets de cette traversée. Nous ne sommes pourtant pas très rapides, mais eux sont lents, vraiment lents. Arrivés au refuge, plus tard dans la soirée, les Anglais seront bien arrivés, mais j'ai quand même insisté auprès du gardien du refuge pour lui dire que, à mon avis, ils n'avaient pas le niveau pour une goulotte au Chardonnet...Pour une prochaine fois, prendre son courage à deux mains et faire la montée en rive gauche du glacier depuis le bas (mais les Z doivent être vraiment pénibles à faire dans la partie raide au milieu, pente à 40° sur 200m...) ? Ou alors via Argentière et le Col du Passon comme recommandé sur le site du refuge ?
Pour le refuge, n'étant pas revenu ici depuis des lustres, j'ai été très très agréablement surpris de la rénovation et du niveau d'équipement ! Une salle nous accueille en bas pour retirer tout le matos tranquillement, assis. Juste à côté une pièce pour faire sécher les affaires (gros ventilo qui se déclenche plus tard pour la nuit), montée intérieure, toilettes tout en bas et au milieu (fermée car problème temporaire d'eau courante), puis la grande pièce principale, avec de belles tables, un énorme canapé en cuir, des poufs, une vraie bibliothèque montagnarde digne de ce nom, et même des poutres d'entraînement ! Personnel aux petits soins, c'est très très agréable. Matelas de bonne qualité, oreiller moins, et couette bien appréciable en lieu et place des couvertures qui piquent et pleines de poussière ! Pour le lendemain matin, c'est un petit-déjeuner buffet, donc on se lève quand on veut, terminé le temps du réveil par le gardien criant "Pour le Couloir de la Taaable, il est 4H00 !", nous extirpant d'une nuit de peu de sommeil...
Deuxième jour, réveil à 4H15, déjeuner tranquille, seuls, avec muesli, corn flakes, cake, pain complet, beurre, confiture, miel, oranges fraîches, thé, café, etc. Mieux que dans certains hôtels ! On s'équipe tranquillement dans la pièce du bas, crampons aux pieds, skis sur le sac, pour descendre les 50m D- menant sur le glacier en neige béton. Départ à 5H15. Une fois sur le glacier complètement bouché, nous mettons les skis, nous nous encordons à 10m et c'est parti, il est 5H30. Nous avons l'impression d'être les premiers, et ce sera vrai. Neige crissante avec un bon grip pour les peaux, c'est parfait. Cédric est devant, nous montons tranquillement jusque vers le Signal Reilly. Le jour se lève, les étoiles quittent le ciel, c'est magnifique. Une dernière petite traversée puis nous laissons les skis un peu au-dessus de la voie de descente tout à l'heure, sous le Col supérieur du Tour. Nous atteignons la base du couloir de la Table à 7H30, le temps de sortir les piolets, de s'encorder court, on attaque le couloir à 7H45.
Je passe en tête pour cette première partie + la première partie du ressaut en mixte. Relais sur bécquet au pied, neige dure, sortie en glace noire, bien protégeable sur friends (un coinceur câblé est présent en +), relais sur béquet 20m au-dessus. Je fais monter Cédric, qui prend la suite sur 20m de nouveau, relais sur friends, avec même le plaisir de poser une broche. Il me fait monter. Puis c'est parti pour la deuxième partie du couloir en neige dure mais pas trop, corde tendue et courte, Cédric en tête. On monte bien, safe et efficaces. Sommet du couloir vers 9H15. Superbe ambiance, météo splendide, conditions parfaires.
J'attaque l'arête sommitale sur un superbe granit, rien de difficile, même si je ne suis jamais très à l'aise sur ce genre de terrain, protection sur sangles / bécquets, pose de friends pour que j'apprenne à les poser correctement (mais ça passe sans friends évidemment, juste avec les bécquets), progression corde tendue. Puis pour le dernier tiers, Cédric prend la tête, bien à son aise sur ces arêtes. Lorsqu'il arrive au sommet à 10H30, il croise un gars monté en solo par la VN, venant de je ne sais où. Nous aurons donc été absolument seuls à faire ce couloir aujourd'hui, et nous sommes seuls au sommet, rare !
Nous faisons une bonne pause casse-croûte et cigarette roulée, avant d'entamer la descente en diagonale droite. Quelques personnes montent par ce qui semble être la "nouvelle" VN se situant plus à gauche. Nous restons sur la ligne "classique", un pas délicat au début, le reste se désescalade bien et est bien protégable sur bécquets. Arrivés au pied, il fait bien bien chaud, la neige est molle et collante, mais pas trop. Retour par le Col supérieur du Tour, on cuit bien, coup de mou pour moi à cause de la chaleur, petite remontée pour aller chercher les skis, petite pause et go pour la descente, il est 13H15.
N'ayant jamais essayé de skier encordés, on tente, c'est délicat et finalement après 200m, je remets la corde sur le sac. Descente topissime entre 3100 et 2500m, moquette poils longs sur fond dur et lisse, un régal ! On passe sous le refuge, rive droite, puis la neige devient plus molle voire casse-gueule par endroits. Concentrés à ne pas se la mettre, couillons que nous sommes, nous oublions de traverser vers la rive gauche et descendons trop bas. Le temps qu'on s'aperçoive de notre erreur, on hésite à poursuivre en passant par l'ancien chemin d'été, mais pas envie de refaire comme la veille. On repeaute donc, et c'est parti pour 150 D+ pour aller chercher le croisement vers la rive gauche. Passages assez raides (200m à 40°) mais bien damés, donc pas pire, on y va tranquilles. Tout le bas passe très bien et termine dans un boarder invraisemblable mais nickel jusqu'au village du Tour. Retour à la voiture vers 15H00.
Une bien belle course, conditions top, juste le premier jour où on aurait probablement fait autrement avec le recul.