Départ : Celliers (1370 m)
Orientation : SE
Dénivelé : 1200 m.
Ski : 2.3
Sortie du jeudi 19 mars 2026 (Hier)
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures :
Conditions d'accès/altitude du parking :1390m route sèche
Altitude de chausse/déchaussage : 1390m
Conditions pour le ski : bonne neige transfo
Conditions niveau et activité avalancheuse : quelques vieille coulées dans les pentes raides ou exposées sud
Skiabilité : 🙂 Bonne
Compte rendu
Itinéraire suivi : remontée du vallon des plans
Horaires : 9h15/13h30
C’est elle qui va devant…En Lauzière
A 7 h , je l’attrape devant sa maison . Les skis chargés dans la voiture, elle préfère prendre le volant. C’est vrai que je ne suis plus un très bon pilote. Quelquefois je vais trop vite, souvent pas assez, ou bien trop près du ravin dans les virages.
Bon ! je vais pouvoir finir ma nuit pendant le trajet.
Dans ce demi sommeil, j’entends le check-list de ce que doit contenir mon sac à dos, puis des nouvelles de ses deux filles. Je les connais bien elles sont adorables.
Une heure vient de s’écouler, on remonte une file de voiture . il y a du monde au parking !!
C’est normal : le ciel est bleu et y a de la blanche en abondance.
On s’équipe dans le froid matinal, j’écoute d’une oreille distraite des conseils de « pro » : « le DVA se porte sous le T-shirt contre la peau, parce que dans la bousculade d’une avalanche … etc.. »
Une fois de plus je lui réponds : « j’aime pas , c’est froid et ça me gratte »
Elle est déjà prête , skis aux pieds et m’attend sur la trace.
C’est elle qui va devant !
Vain dieu que je suis lent à choisir le bon vêtement pour ne pas transpirer dans un quart d’heure ou bien l’inverse me cailler en attendant la sortie de la forêt.
Nous remontons côte à côte la route bien enneigée. Je m’accroche au rythme binaire de ses spatules, j’économise mon souffle , il m’est impossible de faire deux choses à la fois : marcher vite et parler . Alors je l’écoute raconter sa semaine de boulot et la vie de ses enfants. J’y suis très attentif.
C’ est marrant cette inversion des rôles : quand elle était petite , pour qu’elle me suive en randonnée, c’est moi qui lui contait des histoires … ah ! Ah !
Rencontre sympathique d’un couple de randonneur : on échange sur nos connaissances de la montagne et nos origines, mais je ne suis pas très bavard… et je suis gêné quand on me demande mon age , faut croire que ça se voit vraiment beaucoup. Passé 3 grosses avalanches qui ont barré la route ( jamais vu ça sur ce tronçon !!),un vallon tout blanc s’ouvre devant nous. C’est beau , le soleil et les ombres marquent ce relief enneigé tout en rondeur où émergent le noir des rochers. Avec un peu d’imagination, on y découvre des formes très érotiques.
Déjà quelques points noirs matinaux progressent dans les hauteurs. La trace est elle faite ? Il n y a plus de trace de montée , toute la largeur le bas du Vallon des Plans est une piste digne d’une station très fréquentée . Il fut un temps (lointain) où j’aimais bien être le premier à ouvrir l’itinéraire dans la poudreuse. Faut dire qu’il y a 40 ans on étaient peu nombreux à pratiquer ce que l’on appelait le ski de printemps.
Je m’émerveille toujours autant à embrasser du regard les paysages de montagne . Ce côté contemplatif s’est bonifié avec l’âge, mais piqué d’une petite anomalie : l’obsession de toujours vouloir mettre un nom sur chaque sommet , chaque col ou brèche .
Je progresse dans le vallon , pas un filet d’air, le soleil chauffe mon dos.
C’est elle qui va devant.
Première pause au soleil. On se tartine de crème solaire (j’oublie à chaque rando cet ustensile), j’ai aussi oublié ma casquette pour protéger mon crane dégarni , manger un biscuit , boire à la gourde , enlever une couche de vêtements devient nécessaire maintenant...Son sac déjà rechargé sur le dos elle m’attend .
C’est elle qui va devant !
C’est rassurant d’avoir une telle équipière, ce qui m’agace , c’est d’être devenu lent et maladroit.
Pas de vent , la neige scintille et prend une couleur dorée à travers mes lunettes solaires. Je me sens bien sur mes planches et dans ma tête. Cette fille n’est pas du genre « collant pipette », elle ne m’impose pas un train d’enfer. Et pourtant elle aurait de bonnes raisons à vouloir prendre sa revanche. A l’age de 13 ans ,suivre son père en plein hiver , de refuge en refuge , chaussée de mes vieux skis, équipée de gants et anorak achetés 1er prix chez go sport.
La pente se redresse nettement, elle refait pour moi une trace d’inclinaison acceptable . Je culpabilise , mais … sans m’en demander la permission , je vois mes skis se diriger vers cette nouvelle pente salutaire.
J’ai perdu de la souplesse, les conversions deviennent compliquées dans le raide. J’ouvre et déploie mes skis à la manière d’ un accordéoniste débutant. Dans ces moments là ce qui me déstabilise le plus (au sens propre et figuré) c’est que l’on me regarde. Immanquablement elle se retourne et lance un « ça va !». je réponds un « pas de problème !» jovial un peu forcé. Puis je reprends la trace rythmée dans ma tête par une chanson de Renaud. J’aime bien Renaud.
On se rapproche des crêtes et sommets. Déjà les lève tôt descendent les pentes immaculées en rive gauche du vallon sous le Tchatcho dans une neige visiblement transfo. Quelle grâce, quelle aisance à tracer des godilles aussi régulières. On voit bien que ces gens ont été à l’école étudier la physique pour dessiner des sinusoïdes aussi parfaites.
Ce qui m’emmerde un peu, c’est leurs cris « you ! hou ! Hou ! ». Je préfère le silence et l’isolement que procure la montagne.
Ah ! Enfin le col Montartier Nord. Choisir un endroit plat, le confort c’est important. Certains puristes gravissent la petite verrue qui domine le col.(je blague c’est quand même le Rognolet). Le temps de poser mon sac et déjà un banc improvisé a été mis en place derrière moi. Elle m’invite à m’asseoir sur ses skis.
Pendant les minutes qui suivent je sens une montée de dopamine : fatigué mais satisfait.
Entre 2 bouchées de sandwich mes yeux font des aller et retour entre le panorama et ma carte ign dépliée. Je n’ai pas de smartphone avec toutes les « applis » je suis très cartes ign , avec elles je fais des randos virtuelles à la maison. Les « applis », c’est quand je chausse mes skis.
Je regarde au loin l’horizon des sommets, je reconnais ceux que j’ai déjà gravi, je découvre ceux que je n’ai jamais fait et que je ne peux plus faire.
Le soleil me chauffe le dos , on est bien là… faudrait pas se mettre en retard et descendre dans une neige alourdie .
Ah ! Je suis prêt avant mon équipière.
C’est moi qui vais devant.
Les départs de col et sommet sont souvent sculpté par le vent , ou un peu raide ou verglacés : aujourd’hui c’est trafolé crouté. Dans ces cas là, n’étant plus le bon skieur de ma jeunesse, je mets le disjoncteur du cerveau sur off et je me lance dans la pente, mais sans crier « Banzaï !!» , faut pas exagérer quand même. Et ça marche !
Je suis mon guide du jour : nous quittons les rails croûtés du fond de vallon pour les pentes immaculée de rive gauche. Grand plaisir en ce jour, neige tranfo qui pardonne toutes les erreurs. Quel shoot ! c’est de la blanche et elle est bonne.
Elise arrive à ma hauteur, s’arrête un instant, balaie du regard les pentes alentour. Attends dit elle, je vais voir cette combe à gauche, je te ferai signe si c’est bon. Puis elle repart dans la pente.
J’ai comme une illusion, mes yeux voient un pinceau dans la main du peintre devant la toile blanche du vallon immaculé. Elle trace avec aisance des courbes fantaisistes tantôt à l’ombre ou au soleil. Tout un art de recherche de la bonne neige . Je la rejoins plus bas, s’arrêter pour reposer les jambes en feu, se retourner, admirer, comparer l’amplitude et la fréquence de nos godilles.
s(t)=A sin(ωt+ φ)
Belle journée en montagne avec Elise ma fille.
Alain





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