Sortie du lundi 19 janvier 2026
BébertDeLaYaute
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : Beau, 1 degré au parking mais 1000 degrés dans le slip
Conditions d'accès/altitude du parking : BM du seigneur pied tôle jusqu'au parking
Altitude de chaussage/déchaussage : Juste fallu traverser la route pour trouver de la neige
Conditions pour le ski : Oublie de le ski dans la partie basse, affûte tes pointes. Par contre c'est froid et poudreux dans les rampes
Conditions nivo et activité avalancheuse : RAS. Le seul truc qui s'est cassé la gueule c'est ma fierté
Skiabilité : 🙂 Bonne
Compte rendu
Itinéraire suivi : comme le topo
Horaires : Parking 7h, sommet à 9h50, binouse à 11h
Dimanche soir 20h30, je ronfle devant Anne-Claire Coudray, les charentaises aux pieds quand un texto de Barnabé me fait ravaler le long filet de bave qui s’accroche à la vie dans ma moustache : « Rampe Chauchefoin demain ? »
Je lis, je relis, puis je comprends. Il veut se promener vers le col des Aravis. Aller voir au pied de la terrifiante face Est, se rassurer avec les excuses habituelles « c’est pas en condis », «J’ai pas encore reçu mes bâtons d’Alain » ou encore «y a pas de traces » pour finalement finir à la combe à Marion comme tout bon skieur du ciel dominical qui se respecte.
Allez vendu ! C’est toujours sympa de se balader avec les pioches su’ eul sac, ça fait alpiniste, et la perspective de m’envoyer un café au col, drapeau de la Savoie qui flotte au vent, avec en arrière-plan cette face qui ne verra jamais le bout de mes spatules de mes Skitrab de 2002 m’emplit de Joie.
Réveil programmé, joue de moman bisouillée, je m’endors comme un bébé.
La BM du seigneur glisse dans la nuit, je récupère mon compagnon de cordée (ça fait stylé de dire ça, j’ai entendu ce terme à montagne en scène) et nous voilà au col un peu avant 7h.
Peaux collées, crochets des Scott Cosmos grands ouverts, c’est parti jusqu’au pied du couloir. Comme prévu je regarde même pas la face et commence à m’imaginer bomber le torse à la montée de la Marion, galvanisé par mes deux piolets qui brillent comme des médailles de guerre sur mon sac. Mais là, stupeur, je me retourne et ce bon Barnab’ s’attaque au verrou de glace et de pierre qui barre la sortie du couloir.
Bordel, j’ai beau me frotter les yeux il y va ce con.
Pas le choix, faut suivre, la patte tremble à chaque coup de crampon dans la glace, je me crampe sur les pioches en poussant des gémissements bovins. Ça avait l’air vachement plus facile dans les vidéos de Védrines.
Non sans mal le premier ressaut est derrière nous, sauvés ! C’est raide, j’ai la pile qui frise les 180BPM (oui j’ai investi dans une montre, pas mal pour pécho Strava !) mais bon c’est en neige.
On grimpe et là, vision d’horreur. Un autre ressaut de glace. Bordel, j’ai pas enregistré le numéro du PG. Me v’la à pendouiller une deuxième fois au bout de mes piochons. Vous vous rappelez du filet de bave dans ma moustache ? J’avais pas une meilleure allure.
Bon, chance du débutant aidant, on s’en sort. Plus le choix, on est coincé maintenant va falloir sortir en haut.
Ça brasse un peu faut s’employer pour se hisser jusqu’à… LA TRAVERSÉE.
Purée de pomme de terre un truc pareil faut y voir pour y croire, 30m horizontal de neige suspendue au-dessus de je veux même pas savoir quoi. Peut-être l’enfer, peut-être un trou noir rempli de communistes, la même chose en somme.
Pas après pas, pet foireux après pet foireux, on traverse. Qu’est ce que je fous là ? J’ai forgé ma légende au Trou de la Mouche ou au Sulens, j’ai rien à foutre ici !
La suite est plus facile soi-disant. J’aimerais t’y voir avec de la poudreuse jusqu’au genoux mon salaud !
Bon gré mal gré, vos deux zouaves se hissent jusqu’à la corniche, y a du vent là-haut on taille un passage pour sortir, la neige vole, c’est beau et j’en ai plein les bronches. Ça me rappelle les gitanes maïs de ma jeunesse.
Dans un ultime et pathétique effort, tel un phoque s’échouant sur la banquise après avoir mangé trop de sardines me voilà à plat ventre au sommet. Éreinté, usé, terrifié.
C’est bon maintenant on a assez joué à Dubouloz, on va pouvoir tranquillement descendre par la combe à Marion et pouvoir raconter nos faits d’armes à la prochaine réu du CAF.
Ça c’était dans mes rêves, Barnab’ saute la corniche pour redescendre dans l’enfer que nous venions de quitter.
Quelle horreur, neige froide, poudreuse, légèrement compactée. C’est pas ça le ski ! Le ski, le vrai c’est de la trafolle regelée dans une combe des Aravis, j’ai plus 20 ans !
Raide comme la justice, pieds écartés, retenant ma respiration avant chaque « virage » je ruine cette belle face qui n’avait rien demandé. Même mes chaussures vont porter plainte tellement je suis à-cul.
J’y pensais plus mais va falloir s’envoyer la fameuse traversée maintenant. J’ai chaud, je sue, je tremble à la vue de ces 30m qui m’attendent.
Les mots de Didier, mon moniteur de 3e étoile, me reviennent et m’habitent « tout le poids sur le ski amont ». Je sais même pas ce que ca veut dire Didier ! Moi je voulais juste faire la petite piste dans le fôret magique. Bref.
Je m’élance, mon esprit vacille. Je me vois comme si je flottais au-dessus de mon corps, tendu comme une crampe les pieds écartés qu’on dirait la tour Eiffel. C’est donc ça une expérience de mort imminente ?
Bravo champion, t’as réussi à traverser à plat 30m de neige, tu peux être fier de toi.
D’ailleurs je crois que je me suis trompé c’était sur le pied extérieur qui’il fallait appuyer maintenant que j’y penses. Bref again, peace Didier.
C’est maintenant que c’est plus raide, faut que j’ouvre en grand la gore-tex, ma moquette pectorale a besoin de respirer.
Au bord de l’évanouissement on skie jusqu’au verrou de glace. À ce niveau-là skier c’est pas le mot, ramper peu être.
On déchausse, et c’est reparti pour un tour. Pif paf pif paf, les piolets s’ancrent dans la glace, les pointes en accrochent la moindre aspérité. Nan nan nan ça c’est dans nos rêves, ou alors quand on raconteras nos aventures à la BDP. Vous commencez à cerner les indiens, c’est lamentable, même les débutants qui grimpent pour la première fois à Corti ont plus de classe. Un piolet c’est pour briller en société, j’avais pas prévu de m’en servir !
Je crois rêver mais c’est fini, on est en bas du couloir. J’irais allumer un cierge demain.
On peut enfin se laisser glisser jusqu’au col, enfin du vrai ski ! Le petit cul qui se déhanche, les bâtons qui virevoltent toujours plus haut, ‘j’ai même laissé s’échapper un petit « youhouuuuu ».
Bière maintenant, on est pas des animaux !