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Sorties > Ecrins > La Horde du Contrevent aux vallons de la Meije

La Horde du Contrevent aux vallons de la Meije ⭐⭐

Massif : Ecrins
Départ : La Grave (1450 m)

Sommet associé : Col des Ruillans (3211 m)

Orientation : T

Dénivelé : 2100 m.
Ski : 3.1

Sortie du jeudi 15 janvier 2026

N∇BL∇

Conditions nivologiques, accès & météo

Météo/températures : iso 0° 2700m, ressenti à l'ombre dans les vallons au vent, un bon -5°
Conditions d'accès/altitude du parking : parking la grave
Altitude de chaussage/déchaussage : parking
Conditions pour le ski : Neige poudreuse dense, parfois restée légère. Encore très skiable dans les traces. Plaquée voire cartonnée sous le vent.

Conditions nivo et activité avalancheuse : BERA du jour : Risque 2-->3 à 2100m, possibilité de déclenchement à distance de couches fragiles en bas de pente à cause du vent à répétition depuis la chute de neige.
Observés : plaques en ouest, est et nord, fortes accumulations par endroits. Face planes enfouies présentes localement.  Pas d'activité avalancheuse récente.

Skiabilité : 🙂 Bonne

Compte rendu

Itinéraire suivi : la grave, montée jusqu'à l'intermédiaire et poursuite dans les vallons de la Meije jusqu'à la brèche Pacave environ. Beaucoup de vent, descente par les vallons de la Meije.
Horaires : 8h-17h

Le récit du Petit Nicolas (entre autres) :

(Un personnage corpulent s'adresse avec une Classe toute Américaine au lecteur, cigare à la main)

Bonjour! C'est moi, Orson Wells. Ceci est mon CR que vous lisez là : pas mal, non? C'est Français. 
Je me permets d'interrompre ce récit parce qu'on se fout un peu de ma gueule. C'est du vol et du plagiat. 
Et j'aime pas trop les voleurs et les fils de pute. 
Dans ce récit le narrateur se décrit comme une horde avec des personnalités qui prennent tour à tour la narration de l'histoire. Comme dans la Horde du Contrevent. 
J'appelle ça du plagiat.

Aujourd'hui on va à la Grave pour faire du dénivelé sans trop se poser de questions. Parce que les questions c'est bien mais comme la réponse n'est pas donnée dans un corrigé, ça fait de la charge mentale comme ils disent les grands. A 8h donc, on se retrouve avec Sylvain au pied du téléphérique de la Grave et on part avec les peaux, le sourire aux lèvres. Déjà ça, c'est bizarre : depuis quand je souris à la montée alors qu'il y a le téléphérique à côté? Mais le copain est tout content de notre choix alors moi aussi je suis tout content, parce que c'est chouette d'être d'accord. Hein, que c'est chouette?

La neige est frøide. Pas vue l'humidificatiøn prévue au BERA. Bien. Si øn peut juste avøir un spøt tranquille pøur tracer en descente, c'est jackpøt. 
T'anticipe là, qu'est ce que tu føus, føcus! 
Øn døit d'abørd mettre la misère au téléphérique. Bien sur qu'øn peut. Faut juste pas s'endørmir.
 Le Sylvøs est tranquille là, faut le secøuer un peu. Faut faire mønter les BPM, øn n'est pas l'équipe du camping "La Meije Bleue" en quête de terrain pøur y cønstruire des møbilhømes. La campøuze c'est pas pøur møi, faut de l'espace, du møuvement. Brøwnien à la limite, tant pis, mais du møuvement quand même. La première partie de la møntée est avalée, les premières caløries aussi. 
Faut des Watts, bøn sang!
 Tiens le Sylvøs en fait de même et il a pris un petit déjeuner : øn dirait que la cørrectiønnelle de la dernière føis a fait vibrer une cørde sensible.
 Tant mieux. Pas le temps. Le télécabine est en marche.
 Sylvain pøse une questiøn technique. J’aime bien quand il fait ça. Ça prøuve qu’il est là, vraiment là et il n'y a que ça qui cømpte. Je lui répønds brièvement. Pas d’émøtiøn, pas de lyrisme. Øn avance. Le but døit être atteint.

Nouṡ renṭronṡ danṡ la forêṭ, ṭelle que je me la rappelle. Elle n'a paṡ bougé depuiṡ mon ṡcan inṭenṡif de l'année dernière. Leṡ fragmentṡ de mémoire ṡe recollenṭ, le payṡage défile eṭ ṡ'aṡṡemble avanṭ même qu'on ne l'aperçoive. C'eṡṭ une connexion menṭale qui me faiṭ jubiler, la compréhenṡion de l'endroiṭ ou je ṡuiṡ. 
Un peṭiṭ calcul de penṭe eṭ je connaiṡ la dérivée : je ṡaiṡ donc ou je vaiṡ.
Enfin, ṡi j'inṭègre. 
De ṭêṭe, c'eṡṭ dur, vouṡ en conviendrez, alorṡ je noṭe. Ṭouṭ. La faṭigue, leṡ moṭṡ exacṭṡ, la poṡṭure de Sylvain qui ṡuiṭ ṭranquillement ou encourage ṡanṡ inṡiṡṭer danṡ leṡ coupṡ de mou. Ṭouṭ ṡera uṭile pluṡ ṭard, pour un peṭiṭ CR? Au moinṡ. 
Maiṡ il fauṭ voir pluṡ loin, ṭoujourṡ pluṡ loin. 
Leṡ arbreṡ défilenṭ, conformément au plan, peṭiṭe ṭraverṡée à droiṭe eṭ on ṡe reṭrouve ṡouṡ leṡ cabineṡ avanṭ d'arriver à l'Inṭermédiaire. 
Le premier gonze qu'on croiṡe nouṡ déviṡage ṡanṡ grande compaṡṡion.

"Je pourrais pas moi. Monter sous un ascenseur" lâche-ṭ-il avec ce qu'il m'a paru êṭre une poinṭe de dédain ou d'incompréhenṡion.

Au fond de moi une voix ṭrop connue ṡ'élève, marmonne quelque choṡe à baṡe de bière, de barbecue eṭ de merguez. Je n'ai paṡ ṭrop compris, maiṡ je ṡaiṡ qu'il ne fauṭ paṡ creuṡer par là, c'eṡṭ jamais bon.

Ā mēsure quē l'ōn s'āpproche de l'Īntermēdiāire, le cīel se dēgāge.
Rēlevōns la tēte, chēr collēgue, le mōnde nōus cōntemple.
Le sōleil pāsse ūn rayon en se lōgeant dans la brēche de la Mēije. Dēux mīnutes plūs tard, il re dīspārāit.
Mērci du sālut, l'āmi, ōn t'āttendāit au tōurnānt, c'est dāns la bōîte.
Pōur les rēseāux.
Pōur ne pās que cētte sōrtie rēssemblē ūnīquement ā dēux typēs ā l'ōmbre quī rēmōntent ūne pīste nōire quāsi dāmēe.
Il fāut des rāyōns rāsants, des lēns flārē, de la pōw pōw vīerge, que dīable !
Pōur l'īnstant ōn ā sūrtōūt du vēnt frōid, quī lēche le vīsāge sāns cōnsentēment prēālablē.
Mōn estimē cōnfrēre vēut āller cōnquērīr plūs hāut, il sāit que çā me pārle, cētte āllēgōrie de la prōgrēssion dans l'ēchēlle sōciale, tōūjours plūs hāut !
Nōus rēpartōns dōnc vers les sōmmets, mais mā vītēsse n'est pās celle dōnt j'āīmērais pōuvōir me vāntēr.
J'āccūmule du rētārd, pōur la sēcūrité biēn sūr, hēin, c'est īmpōrtānt de rēster ēspācēs!
C'est çā...
Dāns ūne mēute de lōūps, le māle ālpha rēste derrīēre pōur sūrveillēr.
J'āi lū çā sur ūn pōst LīnkēdIn.
L'īmāge ēst flāttēūse, ālōrs je la gārde, mais je ne sūis pās sûr qu'ūn ōbservātēur ēxtērīeur ābōutisse aux mēmes cōnclūsions.

La pente s'est redressée. Un bømbé à nøtre gauche et le vent dans la gueule. Føutu vent. C'est plaqué, c'est évident. Ce sønt les valløns de la Meije, c'est pas le trøu du cul du mønde. Les cøuches fragiles permanentes ønt tøutes les chances d'avøir été skiées au fur et à mesure. Mais quand même. Par principe. Øn discute au talkie. 
Le Sylvøs sønde au bâton, il en tire des cønclusiøns d'une précision chirurgicale.
 La versiøn américaine de la précision chirurgicale.
 Møuais. Viens, øn se casse.
 1450m de déniv. Pas mal. Øn remet ça tøut à l'heure.
 Øn passe à la positiøn "ski" des fix. Enfin!
Les premiers virages sønt søuples, ca répønd bien. Entrée sur la languette intérieure pøur accømpagner le genøu. Pas trøp de retard sur la jambe aval. Cømpense avec la hanche. 
Stable, les épaules børdel, øn fait pas un spectacle de claquettes là! 
Quelques virages sautés dans la pente, tøut røule. La neige est un peu crøutée, faut resserrer les skis. Pas trøp, j'ai failli m'en mettre une. Traversée de la møraine et børder-cailløux bien rapide. Freine! 
Tiens, y a un qui s'est déjà affalé sur ce sapin, øn dirait. 
Barre røcheuse en dessøus. 
Zut. 
Ca passe en feuille morte plus løin. 
Øu tøut drøit! 
Aller, présente tøi, ca passe tøut drøit, faut juste pas løuper le virage!
Øui, ca passait tøut drøit en effet. Føutu mental en guimauve, évidemment que ça passait. 
Si tu t'écøutes trøp, tu feras plus rien dans quelques années. 
Ta gueule. 
Reprise du børder jusqu'au chalet Puy Vachier. Petit søurire en coin, j'aime bien ce nøm, Vachier.
Petite pause casse-crøute. Méritée. Nøugat au chøcølat en dessert : merci pøtø, tu gères!
Le Sylvøs est détendu, c'est l'heure de la sieste, aller høp øn se casse!

"Faut qu'øn se fasse la førêt, cøpain, tu vas vøir, c'est føu!"

La deuxième montée commence mal. Je me traîne, largué le gugusse. Clairement.
Les peaux glissent trop, l’air est trop froid, la pente n’en finit pas. 
Putain. 
A chaque fois je me fais embarquer : ouais tu vas voir ca va être bien, mon cul ouais, c'est pas une vie ca
Putain de Grelou ouais, et dans grelou, y a "relou", ca fait tilt chez personne? 
Chaque pas est une négociation pénible avec mes cuisses. 
"On aurait pu rester affalé dans le canap" , marmonné je intérieurement, pendant que Sylvain avance d’un pas régulier, presque insultant de facilité. Je le regarde, un peu de travers. Lui, il sifflote presque. Moi je compte les mètres.
  C'est un peu pentu cette partie, hein?
 Ouais ouais, c'est ça. Comme toujours. A croire que ça ne peut pas faire autre chose que de se redresser de toute façon.
Je souffle. Je râle. 
Mais je continue quand même. Parce que j’ai jamais fait demi-tour.
Jamais. 
Maman n'a pas élevé une pute.
Arrivés à l'Intermédiaire, Sylvain a spotté une petite combe vierge de traces et il veut y aller. 
"Mais oui, bien sûr, il n'est que 15h30, c'est vrai que c'est une heure pour continuer à monter. C'est pas du tout le moment ou on se dit que ça a assez duré! "
Il a pas vu le sarcasme. 
Merde.
Ou il se paye ma tronche. 
La prochaine fois je mettrai des gros guillemets avec mes doigts, ça sera plus clair.

Au sommet de la combe, on est seuls et ça c'est drôlement chouette! On pourrait presque dire qu'on ne voit plus le téléphérique. Sylvain lui, il est tout content parce qu'on a passé la barre des 2000m de dénivelé. Moi ca me fait bien rigoler tous ces chiffres mais j'avoue que ça commence à fatiguer un peu les jambes et après elles sont toutes molles en descente et ça c'est dommage. Donc je suis content qu'on s'arrête. Une deuxième fois, mais pour de bon cette fois. Et maintenant, fini les pitreries, on rentre dans le sérieux, la forêt, la vraie. Assez vite, on perd les traces, la neige est folle, voilà ce qu'on était venu chercher! 
Chaque bosse c'est un lancé de dé : neige, cailloux ou arbre? Ah, tronc d'arbre.
Et c'est en travers sur un arbre qui n'avait rien demandé que je me retourne en lançant à Sylvain :
"Alors, je t'avais pas dit que c'était la meilleure foret du monde?"
La réponse n'a pas été aussi enthousiaste que celle que j'imaginais, j'entends un "C'est technique" accompagné d'un craquement de branchage. Pas très sylvestre le Sylvain, haha!
Heureusement la foret est plus clairsemée après et au détour d'une pente un peu raide on retombe sur le chalet. A partir de là, l'enneigement est plus modéré et du coup nos ardeurs le sont également.

Je ris. Je crispe les dents. Je savoure. Je râle quand ça secoue. Sylvain passe à côté, fluide, concentré. Je lui lance une vanne, il me répond sans perdre le rythme. Les voix s’entrechoquent, mais aucune ne prend totalement le dessus. Elles coexistent, se superposent.
En bas, essoufflé, heureux, je m’arrête.
Je suis fatigué. Je suis fier. Je suis grognon. Je suis précis. Je suis émerveillé.
Je suis tout ça à la fois.
Et Sylvain, face à moi, le sait sans le savoir...


Commentaires

T
taramont, le 16.01.26 09:51

Une sorte d’exploit - ou d’explosion - à tt point de vue. Un régal à lire, à imaginer, à regarder 🙏

N
N∇BL∇, le 16.01.26 11:39

Merci pour ton beau compliment taramont, venant de ta plume qui plus est, c'est un honneur ;)

Kangla, le 16.01.26 18:43

Ya pas a dire...c'est du vécu ! En lisant, j'y étais,j'ai même failli être essouflé...merci.

J
jpc, le 17.01.26 09:19

Finalement, l'inspiration tient au nombre de mètres de D+ !!? Si j'avais su… euh, ben j'aurais pas pu.
Bravo!

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