Massif : Ecrins
Départ : Les Etages (1590 m)
Orientation : NE
Dénivelé : 1100 m.
Ski : 2.3
Exposition : 1
Sortie du jeudi 28 mai 2026 (Hier)
taramont
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : grand beau - chaud - 15°à 8h aux Etages le 27/5 - pas de vent mais un peu d'air frais fort agréable - pas de sensation de touffeur sauf à la descente en début d'ap midi le 28/5
Conditions d'accès/altitude du parking : pkg des Etages - RAS
Altitude de chaussage/déchaussage : à 2000m env (j'ai marché 600m linéaires depuis mon campement jusqu'à la neige) - montée au début en rive D du vallon nécessitant un déchaussage d'une 50aine de mètres - descente en rive G ne nécessitant qu'un bref déchaussage avant la ligne finale
Conditions pour le ski : on peut les qualifier de bonnes ; bien sûr neige alvéolée en rive G de la moraine - le haut en velours pas trop ras - le creux de la moraine encore bien ferme mais sans aucune dureté
Conditions nivo et activité avalancheuse : RAS au moment de la course - des cassures sur dalles formées et d'autres en cours de formation, certaines ayant déjà cédéesSkiabilité : 🙂 Bonne
Compte rendu
(dédicace à Flamant Rose, à la patte cassée, avec laquelle j’étais dans ce vallon en mai 2024)
Etage 1 : l’étage où l’on chemine tranquillement
Aube et aurore déjà enfuies, j’ai pris la sente ancienne à travers pont, talus, murets, taillis et chablis
Jusqu’aux Prés où rêvent parmi les fleurs, dans la pureté du matin de mai, les esprits de ceux qui y venaient jadis faire paître quelques bêtes familières
Je ne sais ce qu’ici eu lieu, s’il y eut de petits bonheurs ou juste de grandes peines parmi les paysans éreintés que j’imagine résignés
Sous les nuages flottants mollement, chantaient pour moi les mêmes oiseaux qu’au jour où les derniers pâtres sont partis.
Etait-ce, le soir ou le matin d’un automne précoce et venteux parsemé de corneilles ou d’un été tardif où les asphodèles finissaient de mourir couchées sous le vent qu’ils partirent pour toujours ? Nul ne le sait plus.
J’ai marché dans les cailloux branlants, le sable blanc, les ponts de neige s’écroulant, entre vernes et saules broyés, bouleaux résistants, respirant les brumeuses vapeurs du torrent bouillonnant.
Et le fond du vallon atteint, s’ouvrit pour moi, une fois encore, la splendeur d’un parvis de cathédrale serti entre des murailles formidables d’où bondissent les filets d’argent des cascadelles et, au fond, se déployait la traine déchiquetée d’une Reine en fuite, image que jamais je ne pourrai oublier.
Je posai là charge et peine déjà oubliées pour goûter quelques heures solitaires et paisibles.
Et ce fut le premier jour.
Etage 2 : l’étage où l’on dort paisiblement
Le soir ne fut ni auguste ni solennel, simplement calme et beau, bruissant du murmure des ruisseaux sillonnant inlassablement de toute part.
Il était dit que le soir ne resterait pas sans une visite : un chamois solitaire, farouche mais cabotin, posa élégamment, ses yeux vrillés dans les miens.
Avant de me laisser sombrer dans mes rêves, les bouleaux aux écorces gravées m’invitèrent à visiter leur fascinant salon d’art contemporain. Je m’installai auprès d’eux. Ce n’est pas chaque jour qu’on peut dormir au musée.
C’était l’heure où les fleurs ferment leurs corolles et moi mes paupières. Mais vers 22h, je fus réveillée de mon profond sommeil par un coup de projecteur. C’était la 2e Lune de mai, une lune gibbeuse qui « buvait ». A ta santé lui dis-je et me rendormis.
Mais au cours de la nuit, je constatai que mon expérience de bivouac sans matelas était peu concluant, ce genre d’austérité nécessitant des capitons dont la nature a oublié de me doter.
Etage 4 : l’étage où l’on skie, heureusement !
Au matin, je laissai mon cocon de toile sous la protection du bouleau au quintuple tronc et dont les frêles feuilles naissantes se laissaient bercer par la brise. Je garni l’un des troncs de mes chaussures, des mésaventures déplorables étant parvenues jusqu’à mes oreilles. Mais ici, je n’avais entendu jusqu’alors qu’un seul sifflement de marmotte ou alors était-ce le sifflet d’un gardien de la paix sur l’Alpe ?
Aucun objectif de dénivelée, de rapidité ou de pente : juste être là pendant quelques heures, encore une fois.
Je pris la sente éphémère, cairnée, foulant sable et pierres roulées par les dernières crues. La neige m’attendait, non pas au tournant, mais derrière de gros blocs. Je la tâtai doucement, comme pour ne pas lui faire de mal. A même pas 2000m, aucun signe de regel mais une certaine fermeté de névé tenant à la vie quand même.
Là-haut, bien haut, la Pointe du Vallon des Etages et la Tête de l’Etret recevaient, avec un ravissement palpable, les premiers rayons d’un soleil annonçant une certaine ardeur. J’étais encore dans l’expectative de la réussite de ma journée et plutôt sceptique. Mais quand j’entrai dans la rive G de la moraine, le plancher de la salle de bal se durcit et je repris confiance.
Arrivée au bout de l’élégante ligne de la longue moraine, je passai du royaume de l’ombre à celui du soleil. Ceci changea la donne. L’appréhension m’empêcha de pénétrer dans les pentes sous le Col du Vallon des Etages, la neige commençait à chauffer et des masses encore importantes pouvaient, me semble-t-il, glisser sur les dalles. Beaucoup de fissures étaient d’ailleurs en train de s’ouvrir. Aussi, pris-je des pentes un peu plus débonnaires pour monter direction base de la Tête de l’Etret.
Je m’arrêtai à la cote 2700m sur un petit replat qui m’offrit un panorama de 1er ordre du Soreiller à la Meije et plus près Clot Chatel où l’on vit récemment se dérouler de grandes choses.
Ne pas traîner, profiter de cette neige qui n’est pas encore trop ramollie. La griserie dura jusqu’au dernier bout de langue de neige. J’avais du mal à croire à mon aubaine.
J’ai trainé en revanche sans scrupules pour ramasser mes affaires, redoutant le portage : ce n’était pas un temps à mettre une mule dehors. Redoutant surtout l’inexorable départ de ce lieu idyllique et la toute aussi inexorable approche de la fin de la saison.
J’avais saisi à l’arrache un livre à emporter et dont le titre me semblait correspondre à la situation « Apprendre à finir » de Laurent Mauvignier. Mais ce n’était pas exactement de ma situation qu’on parlait là. Ce fut la seule déception de cette sortie.
PS : si jamais quelqu’un a besoin d’un cassis dans son quartier ou dans son village, je tiens à votre disposition 2 clavicules qui peuvent en faire office
ITINERAIRE : J1 - Les Etages/les Prés (départ 8h) - J2 - Les Prés/Pt 2700m sous la Tête de l'Etret/ Retour Pkg (départ 6h) - 22 km

Passerelle à la jonction des sentiers des 2 rives du vallon
© Skitour/taramont27.05.26 09:08226 vu
Les gardiens du temple
© Skitour/taramont27.05.26 09:21247 vu
Apparition du fond du vallon et de sa dominatrice, la Pointe du Vallon des Etages
© Skitour/taramont27.05.26 09:37256 vu
Primevères hirsutes
© Skitour/taramont27.05.26 09:46262 vu
N’a pas dû lire le BERA (ou un prédateur ?)
© Skitour/taramont27.05.26 09:49379 vu
Cirque du Soreiller et Dibona
© Skitour/taramont27.05.26 10:47310 vu
Bois joli (toxique mais parfum capiteux)
© Skitour/taramont27.05.26 11:12305 vu
Sans commentaire
© Skitour/taramont27.05.26 14:00300 vu
Renoncule de Kuppfer
© Skitour/taramont27.05.26 14:01290 vu
Les skis se reposent sous le bouleau au quintuple tronc
© Skitour/taramont27.05.26 16:24310 vu
Mon voyage sera sur la D
© Skitour/taramont27.05.26 16:25306 vu
Galerie d’art
© Skitour/taramont27.05.26 16:26318 vu
Galerie d’art
© Skitour/taramont27.05.26 16:27332 vu
Aucun humain n’a cette élégance
© Skitour/taramont27.05.26 18:26322 vu2 

sans commentaire
© Skitour/taramont27.05.26 18:35343 vu
Lune gibbeuse
© Skitour/taramont27.05.26 21:49312 vu1 

L’une qui boit éclaire quand même
© Skitour/taramont27.05.26 21:49307 vu
Premiers rayons sur la Pointe du Vallon des Etages
© Skitour/taramont28.05.26 06:22317 vu1 

La Tête de l’Etret déjà inondée de soleil
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Couloir du Clôt (ce qu’il en reste)
© Skitour/taramont28.05.26 07:27305 vu
Je m’arrêterai ici
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Col de Clôt Chatel
© Skitour/taramont28.05.26 09:54286 vu
Zoom sur la Meije (dédicace à HDlaMeije)
© Skitour/taramont28.05.26 10:13297 vu1 

Descente sur le haut de la moraine
© Skitour/taramont28.05.26 10:21297 vu
Cascade bien fournie
© Skitour/taramont28.05.26 10:24278 vu
Un must de ski : long creux de moraine quasi rectiligne
© Skitour/taramont28.05.26 10:31274 vu
Décoration de muraille (primevère hirsute)
© Skitour/taramont28.05.26 10:37284 vu
La fourmi et la clématite
© Skitour/taramont28.05.26 14:32278 vu
Liane de clématite (le bas du bois des Étages en est truffé)
© Skitour/taramont28.05.26 14:40275 vu