Météo/températures : -8000, beau temps mais on n'a pas vu le soleil, pleine face nord ma gueule
Conditions d'accès/altitude du parking : glacé, icy et c'était pas du sorbet
Altitude de chaussage/déchaussage : parking
Conditions pour le ski : vraiment bien, ah si seulement on a avait pu skier!
Conditions nivo et activité avalancheuse : RAS
Si si, prends tes skis, on les utilisera. Mais prends crampons/piolet ça risque d'être plus utile.
La cascade de glace Les Hémos à Godo est notre destination et on y accède en ski de rando (ce qui justifie un CR ici, vous vous doutez bien).
L'aube est à peine levée et il fait au moins, moins 8000, ce poisson d'avril a la gueule des croustibats congelés de quand on était petits. Vers 9h on quitte les skis alors qu'on faisait la trace dans une fine épaisseur de poudreuse qui aurait été magique à skier.
On les laisse là les skis? Personne va venir les piquer, pour je sais pas moi, aller s'amuser avec dans le vallon, pendant que nous on joue a devenir stalactites sur la paroi?
D'habitude je fais toujours un petit commentaire sur le nom de la voie , mais ici c'est les Hémos à Godo, bon, c'est bof. Peut être que juste à côté, c'est plus sympa? A côté c'est La verge du démon, mouais, nan mais tant pis, pas de blague sur la voie, on enchaine!
C'est parti pour L1 que Sylvain attaque en tête : c'était le deal.
D'accord pour tes bêtises mais c'est toi qui passe devant, il faut que je retrouve deux trois reflexes en second d'abord.
Après, dans notre cordée, le second il ne se tourne pas les pouces car il grimpe avec un piolet de cascade et un piolet droit (et ça sera la dernière fois car c'est plutôt chiant) car j'ai pas encore deux jolis piolets courbés de viking .
Il fait froid, l'agilité des doigts est mise à rude épreuve, les dents acérées des broches et des crampons jouent un peu trop proche du pantalon.
Ah non, hein, pas de trous dans un truc imperméable, ça ruine tout le principe!
Quand c'est à mon tour de m'élancer, je m'identifie déjà comme glaçon, ne répondant à aucun pronom, je parle à personne. Des Espagnols sont arrivés derrière nous et s'équipent : on ne sera pas seuls, dommage. Le piolet tape rageusement la glace, "belle conviction" que me lance le copain, chais pas si c'est de la conviction, suis vénèr.
Et puis L2 réchauffe le cœur et les mains, les pieds sont, eux, foutus alors même qu'ils sont sous perfusion électrique. Le moral revient, la longueur est sympa à ouvrir, faut juste pas trainer quand on broche. On n'a pas trouvé R2 donc on a fait un relai sur broches. Apparemment il est en rive gauche, sous une petite grotte. La description nous fait investiguer un endroit, et non pas de traces du dit relai. A la descente le relai a été découvert par une autre cordée, il était littéralement juste à coté de l'endroit qu'on a déblayé, oups…
Pour L3 le copain file et disparait derrière le ressaut. Puis, un couloir à 45° dans une neige par faite à skier (mais c'était sûr en fait, c'était sûr!) plus tard, on se retrouve devant L4. Et là, j'ai bien envie de partir dans la variante à droite en IV+ , tant qu'à faire, on n'est pas venu ici pour du III !
Quelques (quarante) minutes plus tard, je me dis que c'est bien les bêtises mais il faut les doser. Là le dosage il était, heu, vivifiant et il m'a montré toute une palette d'améliorations possible dans ce sport de congelés du ciboulot.
Le copain suit, avec le piolet droit, et on atteint le sommet de la voie.
Les enfant, n'essayez pas ça chez vous, ces cascades sont réalisées par des merdouilleurs professionnels.
Descente plutôt facile ensuite, par les rappels chainés jusqu'en bas, en surveillant le ciel pour pouvoir se protéger des chutes de glace abondantes. En effet, juste après nos deux cordées avec les espagnols, une troisième cordée tentait l'ascension ce jour là.
Une cordée emmenée par un buffle ou un graveur de sculpture sur glace, je sais pas.
En tout cas dessous, ça pleuvait sévère et on criait "ICE" tout le temps. Il est possible, que le "ICE" ait pu être agrémenté de sobriquets aux noms rigolos, de tant à autres, pour pimenter le petit jeu.
Et puis, on a retrouvé les skis, mangé vite fait un bout, fait 3 virages (littéralement, il y en a eu 3) et retraversé en sens inverse tout le vallon pour retourner à la voiture.
Vite vite, on était plutôt pressés car le copain devait, figurez vous, ne pas être en retard à un cours pour apprendre à cuisiner du poisson.
Ca ne s'invente pas.