Sortie du samedi 21 mars 2026 (Hier)
N∇BL∇
Conditions nivologiques, accès & météo
Météo/températures : grand beau, iso 0° 2300m
Conditions d'accès/altitude du parking : parking aux clots
Altitude de chaussage/déchaussage : ca skie quasi depuis le parking, pas tt a fait
Conditions pour le ski : neige de printemps plus ou moins revenue selon l'altitude et l'horaire
Conditions nivo et activité avalancheuse : multiples secteurs de reptation sur les dalles jusqu'au refuge du glacier blanc. RAS sinon, à l'exception d'un (gros) truc. Juste sur les pentes qui menent au couloir final, juste apres le verrou rocheux intermédiaire, on a déclenché deux woumfs. pente incriminée orientée S-SW, au soleil, <30° grâce aux accumulations de neige (35° sur la carte). Hypothèse : il n'a pas fait suffisamment chaud la haut pour parfaitement stabiliser les accus de la derniere chute de neige de samedi.
BERA du jour : 1-2 à 2200m, le manteau poursuit sa stabilisation, les pentes ombragées en versant N peuvent encore receler quelques plaques sollicitables. Localement de petites plaques fines sont possibles à cause des maigres chutes de jeudi.
Skiabilité : 😐 Correcte
Compte rendu
Itinéraire suivi : les clots--> refuge de madame carle puis J2: refuge -> but-> les clots, conforme au topo
Horaires :6h-15h
Ce weekend c'est encore une demie portion, samedi c'est Gucci et dimanche c'est canap. Qu'à cela ne tienne avec le copain on fait l'école buissonnière vendredi après midi, avec un mot de la maitresse, et on monte au refuge de Madame Carle. Si cette fois on ne voit pas cette fameuse Madame, dans sa propre maison, ça serait quand même un comble! La montée depuis les Clots se passe bien, c'est rigolo de voir Ailefroide sous la neige, ses lampadaires perdus au milieu d'un champ de neige. Arrivée peu après 18h et je me rends compte que je sais pas ouvrir une porte ouverte.
Bref, passons.
On fait la rencontre de Madame Carle qui s'avère être un Monsieur à lunettes fort sympathique.
Dans le refuge, un autre groupe est déjà attablé autour de bières et ça chante les exploits du jour. Ce sont deux guides du 06 et 3 clients Niçois qui ont fait la traversée du Pelvoux.
On en profite pour récupérer des infos sur les conditions.
"On dirait que le manteau s'est vraiment stabilisé" accompagne un des guides avec la gestuelle qui va bien. "La neige était dure, pas moyen de trouver un peu de vieille poudre".
"On n'a même pas allumé les DVA", plaisante-t-il avec l'emphase des gens du Sud.
Ils voulaient descendre par notre itinéraire dimanche, mais à cause du mauvais temps ils rentreront en bus.
Bon, voilà qui nous enchante, on a entendu ce qu'on voulait entendre, on est contents.
Pour compléter la joyeuse tablée, une gardienne qui monte travailler au refuge des Ecrins nous rejoint.
Au moment du repas, Monsieur Carle donc, puisque Madame n'est pas là, nous amène un grand saladier de soupe et l'un des guides prend en charge le remplissage des auges.
Il prend la louche et demande une assiette:
"Aller, les femmes d'abord!" lance t il avec entrain.
"Oh, on est quand même au 21ième siècle" lui rétorque avec un petit sourire la concernée.
S'en suit un moment de flottement délicieux, la louche remplie en suspension dans l'air : que faut il faire à présent? Et puis l'assiette est remplie pendant que je souris intérieurement : ça sera pour mon CR ça!
Le repas est gargantuesque, il n'y a pas d'autres termes. Chacun fait de son mieux pour y faire honneur mais rien n'y fait. Tout est délicieux en quantités suffisantes pour le double de personnes.
Il est ou le Petit Nicolas qui râle sur les quantités?
Le gardien demande si on veut un plateau de fromage et ramène sa cave à fromage entière sur un plateau. L'hilarité joyeuse de ce festin gagne les convives. Avant le dessert, les pronostics vont bon train.
Un énorme saladier de mousse au chocolat?
Un gâteau aux fruits gigantesque?
Non.
Une immense poêle surmontée d'une flamme bleue imposante : ce sont des bananes flambées!
Des applaudissements fusent, et chacun dans un rire nerveux se demande ou est ce qu'il va trouver place pour honorer ce dessert. Assurément le meilleur festin que j'ai pu faire dans un refuge!
Et puis il faut déjà rentrer se coucher, sur le dos parce que le ventre n'en peut plus.
On dort dans une chambre avec un lit double et un lit superposé. Je prends la pose sur le lit double pour taquiner Manon et je laisse la place de choix à Sylvain qui a réservé le refuge.
Un lit double et deux oreiller, le voilà qui déclare tout content :
"C'est mieux qu'à la maison!"
Et puis trou noir tranquille jusqu'à 5h du mat.
Au petit dèj, cela ne vous surprendra pas de savoir que la quantité autant que la qualité était au rendez vous.
Il y avait notamment moults jus de fruits aux saveurs recherchées et inconnues.
Un petit jus d'argousier, cela te tente mon cher?.
C'est dur, mais il faut s'arracher hors de cette voluptueuse ambiance pour aller affronter le froid mordant de l'aube. Les Niçois sont bien devant, ils ouvrent la voie, en direction du col Emile pic pour leur part.
Au niveau du refuge du glacier blanc, on leur fausse compagnie pour monter vers l'arête des cinéastes qui s'éclairent doucement. Y a pas de doutes, elle est vraiment très jolie cette arête!
Le soleil commence à chauffer les pentes, le timing est bon et bientôt on se retrouve sous un verrou rocheux. On s'engage avec l'ambition de le passer à skis, pour finalement se raviser au milieu et finir à pieds, dans de la neige chauffée par le soleil. Je retiens que le piolet aurait été sympa à sortir à ce moment. Trop compliqué de le faire au milieu, mais en bas de la pente ça aurait été une belle anticipation.
Quoi qu'il en soit, on sort de ce raidillon en neige parsemée de rochers pour se rétablir sur une combe qui remonte en pente douce jusqu'au couloir final. Devant, Sylvain laisse derrière lui des traces à peine perceptibles qui ont cassé la fine croute de regel. Les regards sont tournés vers la dernière difficulté, le timing est bon, il...
Woumf.
Derrière moi la couche fragile a cédé, enfin je sais pas mais ça y ressemble quand même. Je m'arrête le temps de voir ce qu'on fait. Sylvain n'a rien entendu.
Peut être une grosse pierre?
Je sors de la zone pour aller me mettre sur la rive gauche pendant que Sylvain entame une traversée sur une zone plus plate.
WOUMF.
La couche fragile a encore cédé tout autour de lui cette fois, sur une large zone au vu du bruit. La pente ne dépasse pas les 30° mais le cerveau s'en fout. La bas dedans c'est Bagdad. J'enlève les peaux pour retraverser rive droite, là ou le soleil a bien transformé la neige. A 50m d'écart, on discute : il y a sans doute moyen de continuer sur cette rive pour atteindre le cône de déjection du couloir mais à quoi bon.
L'inutilité de l'entreprise saute aux yeux.
Ca sera un demi tour sans hésitation.
Les dalles du ressaut sont descendues sans aucun plaisir pour ma part, j'avais juste envie de partir. Ensuite la moquette semble accueillante et c'est avec une belle promesse de descente facile qu'on s'élance. Mais, manque de pot, elle prend les talons et c'est plus technique qu'il n'y parait. Quelques virages un peu rageurs plus loin et je m'étale violement.
Rien ne va aujourd'hui.
On aura même pas droit à une descente sympa, il est encore un peu trop tôt.
Les flancs SE sont bien revenus, parfait pour envoyer un peu, que je me dis, et je me fait mettre une deuxième fois à terre.
Triste affaire.
On mangera le sandwich sur les rochers dégarnis qui surplombent le refuge du glacier blanc.
La vue est incroyable sur le Pelvoux, Ailefroide, la Voie des Plaques. On passera en revue tous les choix qui ont mené à ce but. Un beau manque de chance.
Des retours qu'on a pu avoir de la Roche Faurio, du Pelvoux et en jugeant les traces récentes du col du Monetier, tout passe sans soucis dans le coin.
Pas besoin de DVA, lol.
Sauf ce qu'on a tenté.
Plus bas, sur les dalles un peu exposées qui se prélassent au soleil, on croise des gens qui grimpent quasi en maillot de bain, à 13h dans une neige qui tend à devenir de la soupe. Y a plus de respect!
Avant d'aller au refuge avertir le gardien de notre mésaventure, j'avise un couloir étroit dans la dernière pente, parfait pour s'entrainer à faire des virages sans trop de place.
On a sauvé ça au moins!
S'en suit ensuite un long retour aux Clots en poussant tranquillement sur les bâtons.
Sur la route qui ramène à la maison, un accident crée un monstre embouteillage.
C'était pas le jour...