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Sorties > Taillefer - Matheysine > Crête du Brouffier : au-delà des larmes, un sourire

Crête du Brouffier : au-delà des larmes, un sourire ⭐⭐⭐

Massif : Taillefer - Matheysine
Départ : La Morte (route du Poursollet) (1450 m)

Orientation : SW

Dénivelé : 762 m.
Ski : 2.1

Faune : Afficher les zones sensibles

Sortie du lundi 19 janvier 2026

Le Tank Soviétique

Conditions nivologiques, accès & météo

Météo/températures : Ciel nuageux, clairsemé de beaux reflets de soleil. Pas de vent, température entre -1 et 5  degrés 
Conditions d'accès/altitude du parking : 1500 m
Altitude de chaussage/déchaussage : 1500m
Conditions pour le ski : 

Conditions nivo et activité avalancheuse : présences de plaques à vent en faces Nord et sur les ruptures de pentes des crêtes, mais pentes sans risques. Dans la combe, neige poudreuse/humide assez agréable à la descente.
Sous 2000m neige lissée par la pluie, agréable à la Descente 

Skiabilité : 🙂 Bonne

Compte rendu

Itinéraire suivi : Voie W classique

Horaires : 10h30 - 15h30

Histoire d'un petit tank soviétique.

Alors oui quel étrange sobriquet que celui-ci et ce sera le mien pour cette toute première sortie sur Skitour. Pour me présenter brièvement, je suis pratiquant depuis une seule année, mais avec une bonne dizaine de sorties dans mon humble carrosserie, je me sentais d'entrer dans la cour des grands à proposer des sorties.

Et en parlant de grands, c'est justement au cours d'une belle, sublime et atroce sortie à la Pointe de l'Etendard, guidé par le fameux Petit Nicolas et son copaing Sylvain, que j'avançais vers le sommet au péril de mes genoux, les jambes tremblantes, le front suintant, surmontant des yeux brûlants, aux cils vibrant au rythme d'une respiration sifflante. Ce bruit aigu de moteur torturé me value ce sobriquet de tank, lourd, lent mais la mécanique qui tient malgré tout.

Présentation faite de moi, je vous présente une sortie très humble à savoir la Crête du Brouffier. La météo était loin d'être fameuse, nuages potentiellement pluvieux, un vent du Sud-Est annoncé à 70 km/h, neige dure et ventée, risque avalancheux à 3 et risque de purée de pois.
Pour compliquer le tout, après un an d'usure , ma femme avait accepté de découvrir le ski de rando. J'avais longtemps rêvé de lui faire découvrir ce noble sport un beau jour d'hiver radieux, 60 cm de poudreuse aérienne, et enchaîner des courbes entre des melezes cristallins de blancheur.
...

Constat est fait que ce plan était maintenant un échec complet sur toute la ligne. 

Pour compléter le tout, le Tank Soviétique se devait d'emmener un héritage de l'âge soviétique, à savoir le beau-père...

Sitôt arrivé au parking, aucun signe de vent n'était présent, la route restait enneigée ce qui nous a permis de chausser directement et d'initier la découverte pour beau-papa et ma chère femme. Fait intéressant, une précédente pluie avait lissé la neige du sentier initial, ce sera de bon augure pour la descente. Nous avons même pu passer dans la forêt sans rencontrer de zones déneigées.
J'aurai pensé que les couteaux auraient été nécessaires dès l'entrée dans la forêt mais la neige reste humide tout en n'étant pas lourde. Une très bonne surprise qui s'est poursuivie dans la Combe. La neige est de qualité quasiment équivalente à de la piste alpine non damée. De quoi rassurer (je croyais) mes deux comparses pour la descente.
Seulement voilà, malgré les mots rassurants, un rythme d'ascension tranquille, le beau-père souffre de cette vision nouvelle de la montagne. L'encadrement d'une personne physiquement apte mais impressionnée a en être rongée par l'angoisse est un exercice difficile. Nous entamons de longues traversées latérales de part et d'autres de la combe, minimisant autant que possible le nombre de conversions.

Presque 3 heures ont passé, nous sommes proches du haut de la combe. Les peaux du beau-père, de mauvaise qualité ont lâché et se décollent aussi clairement que sa confiance en une vie heureuse et douce dans un futur proche ne se disloque. Je scotche les peaux, lui enfile les couteaux et on repart.
"Tu vois comme le paysage est beau ?" 
"Je ne sais plus où j'en suis, ma tête est un bordel, c'est trop con d'avoir peur comme ça..." 
Que répondre à cela, anxieux je lui demande  sérieusement 
" On fait demi-tour ?" 
" Non continuons encore un peu..."

30 minutes plus tard, il me dit 
" je suis vraiment à ma limite"

"Très bien, on va se mettre derrière cet arbre et redescendre" 

"Non continuons..." 
Je suis un peu désemparé quant au comportement à adopter dans ce genre de situation. La où ma femme s'en sort bien, ce pauvre homme est à bout mais veut continuer, lui parler du paysage ne le rassure pas du tout, le rassurer sur l'environnement, ou la proximité de l'objectif non plus.
Pourtant le paysage est sublime, des couleurs dorées entremêlées de nuages de 50 nuances de gris. C'est beau quand même, j'aime bien ces lueurs d'or derrière ces montagnes, ça me fait penser au Mont d'Or et donc à du fromage et ça c'est cool mais ce n'est pas l'urgent.

1 heure de plus a passé, nous avançons très lentement. A 50 m en dessous du replat, beau-papa est au bord du craquage mental, il a l'impression que derrière cet horizon indépassable, il n'y a pas ce replat que j'annonce aussi gentiment que possible mais une immense falaise attendant de lui qu'il chute entre ses griffes pour le dévorer.
" Reste près de moi" me dit-il
" Allez ! On y est presque !" 
Il est à bout mais on sent qu'il lutte contre lui-même, on se croirait presque à une soirée de ciné montagne, et pour lui, je pense que c'est ce qu'il vit pour cette première ascension. 

Finalement, le sommet du Taillefer apparaît. On y est arrivés, sa fille l'attend devant. Soulagement. Il tombe à genoux, se recroqueville, émerveillé mais perdu, il a l'air heureux mais les larmes coulent. C'est une image assez émouvante, le silence est de mise, c'est un moment pour lui seul. 

La Crête du Brouffier peut sembler anodine pour beaucoup de ceux qui lisent ce récit. Mais pour d'autres qui n'ont jamais vu la montagne ailleurs que dans des stations de ski et qui ne quittent pas les sentiers, c'est un moment de vie qui visiblement marque fort.

Une fois l'émotion redescendue, le constat est clair, la descente sera un régal. Les 70 km/h de vent annoncé au BERA étaient complètement inexistants, la neige dans la combe excellente, un bon 17/20. Sur les crêtes par contre, c'est absolument horrible et sculpté mais évitable. Nous avons pu descendre en nous faisant plaisir, mes compagnons avaient craint cette descente inconnue durant tout la montée car c'était leur premier hors piste de leur vie. Mais avec une neige aussi bonne et leur niveau très élevé en ski alpin, tout va bien et même le petit border dans la forêt est un plaisir. Pour finir, la dernière partie de la descente sur la route enneigée est souvent désagréable à cause de la neige gelée et trouée par ces infâmes piétons et raquetteux capitalistes mais grâce à la pluie, on peut presque y aller à fond sans vibrer des genoux. Une fois arrivés à la voiture, on se félicite, et tout le monde est soulagé, moi compris, mon couple et mon beau-père étant sains et saufs. Encadrer n'est pas un exercice facile même sur un sentier ordinaire mais c'est une belle chose à réaliser. 
Nous retournons sur Grenoble pour une tisane bien chaude et des crêpes car le ski de rando c'est aussi le réconfort chez soi et une bonne nuit qui suit bien vite.
Bravo a vous deux, on l'a vaincu cette Crête du Brouffier !


Commentaires

G
grebleau, le 20.01.26 01:05

Bienvenue et bravo pour ce premier CR : il y a parfois de " petites " sorties qui font de (très) belles histoires !

C
cecile.dolivet49, le 20.01.26 08:57

Super récit, et bravo à toi pour le choix de cette sortie pour une 1ère avec beau papa et ta femme ! Le Brouffier est une valeur sûre😉. Hâte de lire le prochain CR de ce trop chouette trio 😍

N
N∇BL∇, le 20.01.26 11:05

La Sainte Patrie est fière de toi Camarade! C'est un plaisir de lire ce CR qui sent bon la sueur, les larmes, le devoir accompli et le thé chaud  à la datcha :)

Diablo73, le 20.01.26 12:38

Merci pour ce CR plein d'émotions et si bien écrit.
Et bienvenue à toi, on espère te lire encore de nombreuses fois 

L
LadaNiva, le 20.01.26 14:47

Belle histoire, mon petit coeur est monté dans les tours, submergé par tant d'émotion 

Z
Zebulonne, le 20.01.26 16:23

Récit haletant, je suis contente pour vous 3. Une raquetteuse anticapitaliste

S
Stef3873, le 20.01.26 18:10

Un beau récit et une belle sortie!

C
Champlo, le 21.01.26 17:56

Le ressenti de beau papa dans un addendum?
J'ai aimé ce texte, envie d'en savoir plus 

S
Skieusesuperprodu38, le 27.01.26 00:01

Excellent récit ! Merci pour ce cadeau ! 

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