Météo/températures : samedi nuageux, dimanche beau temps venté, températures en hausse (iso 0° 3000m) Conditions d'accès/altitude du parking : parking a Villar d'arene Altitude de chaussage/déchaussage : 1700m Conditions pour le ski : poudre un peu travaillée par le vent sur le glacier du tabuchet, puis croutée sur le bas et enfin moquette à poil ras sur le bas jusqu'a la foret de Villar d'arene.
Conditions nivo et activité avalancheuse : anciennes coulées de neige humide sur cote longue, chute de serac récente dans le glacier de l'Homme
Activité avalancheuse signalée dans la zone ce jour, voir la carte.
Skiabilité : 🙂 Bonne
Compte rendu
Itinéraire suivi : Montee par le tabuchet rive droite et contournement du serac par le centre du glacier. Puis Meije orientale par l'itinéraire classique en laissant les skis au col. Horaires : 8h30-14h30 voiture-refuge de l'aigle et 7h30-14h30 refuge-meije orientale-voiture
Le récit du Petit Nicolas:
Ce week-end, le refuge de l’Aigle ouvrait ses portes, alors on a sauté sur l’occasion. Parce qu’un refuge qui ouvre, c’est comme une boulangerie qui sort des pains au chocolat tout chauds : ça ne se refuse pas.
À la météo, ils avaient dit que samedi serait tout couvert et que dimanche serait grand beau. Et ça, c’était drôlement bien, parce que justement, dimanche, c’était le jour où on allait skier. Alors samedi, comme on voulait juste monter au refuge, il pouvait bien faire mauvais, ça nous était bien égal.
C’est comme ça que samedi matin, avec Sylvain, on est partis pour faire la Meije Orientale. Et attention, ça se prononce avé l’accent du Sud ! Parce que si on dit « orientale » sans l’accent, ça fait tout triste et on rate tous les épices et le sel de la vie. Et moi, j’aime bien que la vie ait du goût.
On a garé la voiture juste à côté de l’église de Villar d’Arène, là où Mamie dit qu’on est proche de Dieu. Mais Mamie dit aussi que Dieu est dans le ciel. Alors moi, je me suis demandé : si Dieu est dans le ciel et qu’on monte à 3900 mètres, est-ce qu’on sera plus près de lui là-haut ou bien à côté de l’église ?
Et ça, j’y ai pensé pendant toute la montée à pied dans la forêt. Ça m’a un peu embêté, parce que j’avais l’impression qu’à tout moment, on allait tomber sur lui derrière un sapin. Heureusement, la neige a fini par être assez épaisse pour qu’on puisse mettre les skis. Du coup, j’ai arrêté de penser à Dieu et j’ai commencé à penser à mes cuisses, qui brûlaient dans la montée.
Il fallait rejoindre un endroit qui s’appelle la Côte Longue. Et ils n’ont pas menti : c’était long. On a monté, monté, monté, et plus on montait, plus il neigeait, et plus le ciel descendait. Jusqu’à ce qu’on lui rentre dedans !
On est arrivés au refuge avec le GPS à la main, dans un blanc total, et tout tanguait autour de nous comme si on était sur un bateau en pleine tempête.
Le refuge de l’Aigle, c’est drôlement chouette. Il est posé juste au-dessus du glacier de l’Homme, qui fait bien son malin avec ses crevasses ouvertes et son atmosphère vraiment alpine. Comme c’est un refuge de montagne, il faut déposer toutes les armes à l’entrée : piolets, crampons, tout ça… J’ai même appris que le combo pelle-sonde était considéré comme une arme redoutable qui n’avait pas sa place au refuge. Ça m’a bien fait rire : j’imaginais une armée macédonienne équipée de sondes Arva, protégée par des pelles à neige en guise de boucliers. Mais bref, je divague...
Il n’y avait pas de chauffage, alors à chaque fois qu’on parlait, de la buée sortait de nos bouches. On aurait dit un bar à chicha, mais à 3450 mètres.
Le soir, le ciel s’est dégagé, et on a eu droit à un coucher de soleil drôlement joli : un refuge avec une vue, c’est quand même mieux qu’un refuge dans un nuage !
On était cinq pour le repas du soir : un type qui avait l’air de manger du dénivelé au petit déjeuner, deux gars qui nous ont laissés sur place dès le premier passage technique de la Meije Orientale (v'là le coup au moral !), et nous deux. Et truc rare : on a vraiment bien mangé. Tellement bien que, pour une fois, je n’ai même pas râlé sur les quantités.
Après une nuit bien fraîche, on s’est levés pour le petit-déjeuner à 7 heures. Sauf qu’on avait oublié que c’était le changement d’heure. Donc en vrai, il était 6 heures.
La montée jusqu’au col de la Meije Orientale est passée drôlement vite par rapport à la grosse montée de la veille. Il y avait un passage un peu technique au début de la partie mixte, et Sylvain l’a grimpé à mains nues, avec le piolet dans le dos, comme un vrai Viking. Moi, je regardais et je me disais qu’il en faisait un peu trop dans son défi Man vs Wild.
Après, c’était tout en neige jusqu’au sommet. Et là, paf ! On l’a vu. Le doigt de Dieu, qui trônait là-haut, tout crochu, avec son meilleur profil.
Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…
En variant le ton, – par exemple, tenez :
Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel pic,
Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! »
Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !
Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! »
Curieux : « De quoi sert cette oblongue monticule ?
De cure dent, monsieur, ou de pointe de stylo ? »
Gracieux : « Aimez-vous à ce point les nuages Que paternellement vous vous préoccupâtes
De présenter cet étendoir à leurs petites volutes ? »
Prévenant : « Gardez-vous, votre tête si haute portée d'attraper quelque avion au vol! »
Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol
De peur que ses glaciers au soleil ne se fanent ! »
Après en avoir pris plein la vue, on a redescendu l'arête du sommet jusqu'à nos skis. Les grands auraient dit que c’était « débonnaire », mais moi, je ne sais pas ce que ça veut dire. Sylvain, lui, racontait une histoire comme quoi c’était aussi simple qu’une balade de Schtroumpfs en forêt. Moi, je pensais juste qu’il fallait pas se schtroumpher en bas trop vite à cause d’un faux pas.
Et puis on a retrouvé nos skis et les 2000 mètres de descente qui nous attendaient. De la neige aux petits oignons, des pentes larges et juste assez pentues. Le rêve ! C’est rare, une descente sans temps morts, sans replat, juste efficace, juste ce qu’on demande à la montagne finalement : être pentue et enneigée !
Pour finir on a fait les sangliers dans la foret pour gratter la moindre langue de neige parsemée d'aiguilles de pin encore skiable. Quelle descente !
Si le Petit Nicolas fait déjà des pèlerinages c’est qu’il fait partie des ptits malins qui refusent de quitter l’enfance. Quoiqu’il en soit, il ne renonce pas à ses rêves. Et celui-ci fait partie de l’un des plus beaux qu’on puisse réaliser.
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